Sommité de l’étude de la Torah, cette quinqua ultra-orthodoxe milite pour réformer le contrat de mariage juif (« Ketouba »), afin d’y inclure une clause prévoyant d’envoyer en prison les maris refusant d’accorder le Gett à leurs femmes.
L’opinion israélienne semble de plus en plus sensibilisée au combat des « agunot », ces femmes « enchaînées » auxquelles les époux refusent d’accorder la liberté dans le cadre d’un divorce religieux. Dernier exemple en date, la décision d’inclure Malka Piotrkowski parmi les quatorze personnalités mises en vedette lors la cérémonie du 22 avril dernier, marquant les 67 ans de l’Indépendance d’Israël. Cette sommité de l’étude de la Torah se bat pour les droits de la femme dans le cadre du divorce religieux, un acte ne pouvant qu’être accordé par le mari dans le judaïsme.
Agée de 51 ans, l’enseignante et conférencière native d’Ashdod propose ainsi une révision du contrat de mariage juif, afin d’y inclure une clause prévoyant d’envoyer en prison les maris refusant d’accorder le divorce religieux à leurs femmes. Résidente de Tekoa, une implantation proche de Jérusalem qui prône la coexistence entre laïques et pratiquants, ainsi que le dialogue interreligieux, elle milite au sein de « Mavoi satoum » (Impasse), association spécialisée dans la défense des droits des « agounot ».
Issue d’une famille originaire de Hongrie et de parents survivants de l’Holocauste, Malka Piotrkowski a servi dans les rangs de Tsahal, dans le corps de l’enseignement. Elle fait également partie du Forum Takana, une organisation nationale-religieuse qui se bat contre les abus sexuels.
Dans le débat national
La mise à l’honneur de cette érudite inconnue du grand public ne doit rien au hasard. Le problème des abus suscités par le divorce religieux a été récemment pointé du doigt par le long métrage Gett, réalisée par Shlomi et Ronit Elkabetz. Ce film qui raconte la lutte d’une Israélienne pour obtenir son divorce religieux au travers de plusieurs audiences étalées sur cinq ans, a connu en Israël un vrai succès commercial. L’œuvre a totalisé plus de 150.000 entrées, ce qui la classe dans le top 6 des films israéliens les plus populaires de l’année 2014 !
Surtout, ce « huis-clos » judiciaire a réussi à s’inviter dans le débat national. D’évidence, la réforme du divorce religieux que la « sage » de Tekoa appelle de ses vœux n’est pas encore à l’ordre du jour dans l’Etat hébreu où le mariage civil n’a pas droit de cité. Mais les mentalités évoluent. Témoin, la décision de l’administration des tribunaux rabbiniques de projeter le film Gett à l’occasion de sa convention nationale en février dernier. Une mini-révolution, dans la mesure où la vaste majorité des juges conviés à l’évènement n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cinéma.
Pour l’auteur de l’initiative, le rabbin et avocat Shimon Yaakobi, qui officie comme conseiller juridique des tribunaux rabbiniques, il était important que cette institution « soit à l’écoute du débat public (…) et que ses membres comprennent comment ils sont perçus ». Pour les activistes de la cause des « agunot », cette projection a été saluée comme une tentative visant à confronter les juges avec un film qui exprime le point de vue d’une femme qui se trouve dans l’incapacité d’obtenir un divorce religieux.
Reste que pour l’heure, une grande majorité des Israéliens se préoccupe davantage de l’absence du mariage civil en Israël que du sort des « agunot », phénomène certes choquant, mais relativement minoritaire. C’est ainsi qu’une photo postée en mars dernier sur Facebook, par un jeune couple d’Israéliens de confession juive ayant choisi de convoler à Prague, a connu un immense succès viral. En légende du cliché, un texte qui parodie un message du Premier ministre Benjamin Netanyahou. « A l’heure où nous ne pouvons pas nous marier à notre guise en Israël, nous n’oublions pas ce qui compte dans notre vie ». Netanyahou qui affirmait récemment « ne pas oublier la vie », tout en ajoutant que « l’arme nucléaire israélienne est la plus grande menace pesant sur l’existence des Israéliens ».
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