Voilà une affaire qui, en pleine résurgence du boycott des produits israéliens, sème le trouble parmi les supporters de l’Etat hébreu. Une affaire de rejet, des soupçons de discrimination à l’encontre d’étudiants israéliens entachant la réputation de hauts-lieux culturels français. Résumé des faits.
Sefy Hendler est professeur d’Histoire de l’Art à l’Université de Tel-Aviv. Polyglotte, féru de culture française, il prépare en mai dernier un nouveau voyage vers Paris avec ses étudiants, réserve en ligne des créneaux pour visiter les musées de la capitale, en groupe. Pourtant, le professeur va vite déchanter. Suite à ses premières demandes, une première réponse d’une responsable de la Sainte-Chapelle lui parvient, lapidaire : «Désolé, nous n’avons pas de possibilité pour cette journée». Même son de cloche du côté du Louvre : « Nous n’avons pas de disponibilité pour le créneau demandé ». Pourtant, Hendler, prévoyant, avait fait ses demandes pour trois tranches horaires distinctes. Le professeur ne comprend pas. Craignant que son groupe ne soit pas le bienvenu dans la capitale, il tente un « testing », une expérience grandeur nature visant à prouver une attitude discriminatoire. Le quotidien Libération, qui a révélé l’affaire, raconte la suite : « Quelques jours plus tard, il (le professeur, ndlr) formule de nouveaux souhaits de réservation. L’un au nom d’un «institut de l’art» à Florence, l’autre pour le compte de l’«Abu Dhabi Art History College». Deux institutions fictives, mais qui reçoivent, elles, des réponses à la fois rapides et positives ».
Choqué par les résultats de son testing, Sefy Hendler contacte François Heilbronn, président des Amis Français de l’Université de Tel-Aviv. Il lui joint les échanges d’e-mails, les réponses initiales relatives à sa demande, puis celles concernant les institutions fictives crées pour le testing. Heilbronn régit. Il écrit aux directeurs des Institutions concernées ainsi qu’à Fleur Pellerin, ministre de la Culture. La direction du Louvre se dit immédiatement « troublée » par les résultats obtenus par Sefy Handler. Heilbronn raconte : « Le Président du Louvre est choqué et diligente une enquête. Après trois jours, il me fait part des résultats, qui semblent s’orienter vers un défaut des systèmes informatiques automatiques de réponse. Je le remercie pour sa réactivité, et accepte ses explications, à condition toutefois que toute intervention humaine soit impossible ». Du coté de la Sainte-Chapelle, il semblerait que l’erreur soit beaucoup moins involontaire puisque les réservations y sont intégralement gérées par la main de l’homme… Philippe Bélaval, président des Monuments nationaux, explique qu’une enquête interne a fait apparaître des « dysfonctionnements répétés ». Mais, à ce stade, estime-t-il, «i l n’est pas établi qu’il y ait eu de discrimination ». Il assure que la responsable du service de réservation « n’a jamais manifesté d’hostilité à Israël » et regrette davantage une forme « d’approximation dans le traitement des demandes », ainsi qu’un manque de « rigueur et de professionnalisme ». Une ligne de défense qui ne satisfait qu’à moitié les amis de l’Université de Tel-Aviv qui identifient, de leur coté, une discrimination « patente ». Dans le magazine l’Arche, Heilbronn explique : « C’est la même personne qui dit froidement non aux Israéliens, ne répond pas au mail poli de relance du Professeur Hendler et s’empresse de répondre positivement à la demande du faux Abou Dabi ».
En juin, les étudiants de Sefy Handler pourront finalement découvrir les trésors du patrimoine français, autant d’œuvres et de lieux d’exception qu’ils auraient pu ne jamais contempler. La Justice française s’est, quant à elle, décidée à agir. Jean-François Carenco, le Préfet de la Région Ile de France, a saisi le Parquet qui aura la charge de faire la lumière sur cette affaire. Rappelons que la discrimination est un délit pénal sévèrement puni dans l’Hexagone, avec des peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et à 75.000 € d’amende.
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