Un nouveau dynamisme pour l’Athénée Maimonide

A quelques jours de la fin de l’année et pour faire taire une nouvelle fois les rumeurs, l’Athénée Maimonide a tenu à rassurer les parents sur la rentrée 2015. L’occasion  d’annoncer une nouvelle direction générale qui aura l’objectif de redynamiser l’institution.

« La seule et unique école juive orthodoxe à Bruxelles doit continuer à exister », le message de la direction de l’Athénée Maimonide reste inchangé. « C’est d’ailleurs aussi ce qu’a laissé entendre la ministre de l’Enseignement Joëlle Milquet lorsqu’elle est venue nous voir en février », rappelle Lydie Corcos, responsable financière et administrative.

La réunion d’information à destination des parents des élèves organisée le 24 juin dernier se voulait rassurante et semble avoir porté ses fruits si l’on en croit plusieurs parents présents. « Rien de bien nouveau n’a été dit, mais la motivation du corps professoral et du conseil d’administration nous a rendus un peu plus optimistes », confie cette maman de deux enfants. « Ce n’est pas pour ça que tout le monde restera, et la question du nombre d’élèves se pose toujours, mais il semble que quelques naissances sont attendues et qu’une nouvelle famille s’est déjà inscrite. L’arrivée de Judith à la direction est également un élément positif. Même si elle n’est pas religieuse, elle porte une philosophie d’ouverture ».

C’est en effet la nouvelle de la rentrée 2015-2016 : à la demande des parents, et après une année de direction « collégiale », l’Athénée a décidé de renommer quelqu’un pour centraliser l’ensemble des demandes liées à l’école, toutes sections confondues. C’est Judith, directrice des matières hébraïques depuis six ans, qui occupera cette fonction. « Ce travail se trouve dans la continuité de ce que j’ai toujours fait », nous assure la principale intéressée. « Je souhaite mettre tout mon dynamisme au service de cette école en laquelle je crois, en offrant aux élèves à la fois des connaissances en matière de judaïsme, pour perpétuer l’histoire et les traditions de notre peuple, et un apprentissage de l’hébreu moderne par immersion pour les 5-13 ans. Cela renforcera leur préparation pour l’avenir, qu’il s’agisse d’études en Israël ou d’une éventuelle installation. Une façon d’illustrer notre soutien inconditionnel à Israël ».

Solidarité

En attendant de mettre ce programme à exécution, l’Athénée compte toujours sur de nouvelles inscriptions, sans perdre celles des élèves présents. « L’école est en train de se vider, ce n’est un secret pour personne, et il y a un effet de groupe », nous confie cette maman d’une élève de 5e secondaire, dont le fils a terminé sa rhéto l’an dernier pour entrer à l’université. « Mais l’encadrement est toujours là et le niveau est plutôt très bon. On a bien l’intention de rameuter la communauté. Il n’est pas possible qu’après bientôt 70 ans, une école qui représente tout un patrimoine et une mémoire disparaisse du paysage bruxellois ! Quand j’entends d’autres Juifs se demander pourquoi Maimo continue d’exister, ça me révolte. Au lieu de nous soutenir, une grande partie de la communauté nous enfonce, c’est lamentable ».

Le manque de solidarité, c’est aussi ce que déplore Lydie Corcos, « alors que notre école répond encore à un certain type d’éducation. Certains insistent pour rester à Maimonide, nous nous devons de leur offrir l’enseignement qu’ils réclament », souligne-t-elle.

Si elle semble recevoir chaque année sans trop de difficultés la dérogation qui lui permet de poursuivre ses activités, la direction se rend compte néanmoins de la taille aujourd’hui disproportionnée de son bâtiment. La ministre Milquet déclarait elle-même le 9 juin dernier, en commission de l’Education au Parlement de la Communauté française, qu’elle comptait ouvrir pour la rentrée 2016, sur cet emplacement, 700 nouvelles places pour les élèves bruxellois… Le président du conseil d’administration Jacques Wajc a lui aussi confirmé à la réunion d’information être à la recherche d’un endroit plus petit pour accueillir ses élèves.

Avec 50 élèves en plus…

De nombreuses questions toutefois subsistent. Comment sauver la situation ? « On peut estimer la partie religieuse de la communauté juive bruxelloise à 15-20%. Avec 50 élèves en plus et un déménagement, nous pourrions retrouver une situation d’équilibre », assure Lydie Corcos, qui témoigne des obstacles liés à l’actualité qui se sont ajoutés l’an dernier, la guerre en Israël pendant l’été et les attentats de Paris en janvier. « La sécurité a été renforcée et les militaires semblent trouver chez nous une ambiance comme nulle part ailleurs, mais cela n’a pas empêché certaines familles d’avoir peur et de quitter l’école parfois avec plusieurs enfants ». Un coup dur face aux efforts de l’institution qui réduit ses chances d’augmenter sa population, mais c’est aussi le sentiment de crainte actuel des Juifs dans la société belge qui pourrait les faire revenir vers Maimo, comme « le risque d’assimilation, à nos portes ». Comment assurer encore un nombre de professeurs suffisant avec si peu d’élèves ? « C’est le pouvoir organisateur qui couvre ce que la Communauté française ne subsidie pas », répond l’Athénée, que l’on sait pourtant en grosses difficultés financières. Quant au petit nombre d’élèves, il est plutôt vu ici comme un élément bénéfique, une chance d’avoir des cours presque privés dans le cadre d’une école. « Il faut voir ce qu’on met en balance », défend Lydie Corcos, dont les cinq enfants ont suivi leur scolarité à Maimonide. « Nous sommes là pour fournir le meilleur enseignement, il suffit de voir les résultats de ceux qui sortent, les jeunes disposent des mouvements de jeunesse et des clubs sportifs pour s’épanouir socialement ».

Quels que soient les finances de l’école, le nombre d’élèves et la situation géographique actuelle, « soyons positif » reste le mot d’ordre de la direction. Quand on lui demande si elle s’est fixé un seuil à ne pas dépasser pour rester ouverte, sa réponse est on ne peut plus claire : « tant qu’il y aura un élève… Il reste un phare dans la ville, nous n’avons pas le droit de l’éteindre ».

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