Une étude du « Jewish People Policy Institute»*, un think tank israélien, montre que si la majorité des Juifs de diaspora aime toujours Israël, elle ne partage pas la stratégie de son gouvernement actuel.
« 60 % des Juifs de la diaspora pensent que le gouvernement israélien actuel ne fait pas un effort sincère pour parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens ». Tel est le principal enseignement d’un rapport du « Jewish People Policy Institute » (JPPI) de Jérusalem.
Mais cette enquête d’une centaine de pages publiée par le journal en ligne « The Times of Israël » ne se limite certes pas à cette information. L’auteur de cette étude, le journaliste Shmuel Rosner résume ainsi ce qu’il nomme la « dissonance » actuelle :
« Face à Israël, la diaspora ressent d’une part, de la compassion et de la sollicitude et de l’autre un sentiment croissant d’inconfort interne et externe ». De fait, poursuit le rapport, la plupart des juifs se sentent proche d’Israël et veulent que le pays prospère.
Ils croient également qu’Israël ne fait la guerre que si cela est vraiment nécessaire, mais «beaucoup de Juifs doutent qu’Israël souhaite vraiment un accord de paix avec les Palestiniens, et peu de gens croient qu’il fait l’effort nécessaire pour y parvenir »,
Quelque 46 % des sondés de plus de 30 ans sont aussi d’accord avec l’affirmation selon laquelle Israël ne fait pas un effort diplomatique suffisant pour éviter un autre conflit armé dans la bande de Gaza (41 % pour les moins de 30). »
Le temps n’est donc plus où le monde juif était unanime à s’assembler autour d’Israël quand il était menacé ou attaqué : cette solidarité a diminué au cours des dernières années. « Une érosion naturelle, presque inévitable » selon Sh. Rosner.
« Les guerres d’Israël ont un effet immédiat et généralement négatif sur eux. D’autant que les dernières ont eu lieu en milieu urbain et ont ainsi augmenté le nombre de victimes civiles ». En même temps, ce sont les ennemis d’Israël qu’ils jugent responsables du sang ainsi versé.
Par exemple, 92 % des + de 30 ans croient qu’Israël a fait tout ce qu’il a pu pour limiter le nombre des victimes pendant l’opération « Bordure protectrice » de 2014 contre Gaza (81% pour les moins de 30 ans).
En fait, « pour que les Juifs soutiennent sans restriction Israël, il ont besoin de savoir qu’il se comporte avec une haute moralité. Et ils n’en sont plus persuadés », résume le rapport. Mais, paradoxalement, ils sont aussi déçus qu’Israël ne parvienne pas à mettre fin à ses guerres avec des victoires décisives…
La diaspora se plaint aussi du fait que dès qu’il y a une action militaire israélienne, les Juifs sont automatiquement considérés par les non-Juifs comme les ambassadeurs d’Israël, qu’ils le veuillent ou non.
« Les Juifs de diaspora ont peur pour leurs petits culs d’assimilés » …
« Nous sommes tous tenus pour responsables des actions d’Israël … Il n’y a pas de séparation entre le sionisme et le judaïsme ; la manière dont Israël agit et négocie la paix affecte tous les Juifs », expliquent les sondés.
Dans ces conditions, « 70% des Juifs à travers le monde pensent qu’ils ont le droit d’exprimer leur opinion et que l’État d’Israël devrait la prendre en considération, même sur les grandes questions de sécurité »
Parmi ses recommandations aux décideurs politiques israéliens, le rapport suggère que, même si ceux-ci ont des priorités nettement plus importantes, ils devraient « accorder davantage d’attention aux effets possibles de ses décisions sur la diaspora juive ».
Comme on le voit, cette étude ne fait que décrire le trouble qui règne en diaspora où une majorité de Juifs ne reconnaissent plus « leur » Israël dans les agissements de son gouvernement.
Une analyse prudente et nuancée mais qui a pourtant suscité la fureur de la droite dure israélienne et juive. Et, comme à chaque fois que la réalité s’insinue dans leur phantasme d’un « Grand Israël », ils s’enferment dans le déni et l’invective.
L’enquête du JPPI ? Du travail d’amateur, de la « propagande à la J Street ». Dur pour un organisme fondé par l’Agence Juive, installé à Jérusalem et dont les ministères israéliens consultent régulièrement les travaux.
Shmuel Rosner, l’auteur du rapport ? Un gauchiste qui se livre à des spéculations imbéciles. Et tant pis s’il s’agit en fait d’un journaliste de renom, classé plutôt à droite, qui écrit dans le Maariv, le Jerusalem Post ou la revue « Commentary », l’organe des « néo-conservateurs » américains
De même, pour cette droite là, le journal « Times of Israël » qui a, le premier publié le rapport devrait être prudent : il connait une « dérive inquiétante ». Le dernier stade avant d’être considéré par eux comme un média anti-israélien….
Mais les pires, ce sont bien sûr, les Juifs de Diaspora. Des Juifs ? Des « alter-Juifs » plutôt, des « Juifs lointains qui font mine d’oublier que leur âme fut jadis juive », des Juifs honteux qui « ont peur pour leurs petits culs d’assimilés »
On en passe et des pires pour arriver au conseil qui clôt leurs diatribes : « Allez jusqu’au bout : convertissez-vous. En changeant vos patronymes, vous nous libérerez de ces ridicules rapports sur la meilleure façon de marcher en Israël. »
Moyennant quoi, comme le clame le gouvernement que ces gens soutiennent, « Les Juifs sont une grande famille et il est temps que tous rentrent à la maison »… Heureusement que ce rapport montre que ces braillards ne sont qu’une minorité.
On aurait fini sinon par être inquiet pour la santé mentale des communautés juive de la diaspora.
*http://fr.timesofisrael.com/malaise-de-la-communaute-juive-mondiale-sur-israel/
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