Le correspondant de France 2 à Jérusalem Charles Enderlin rend l’antenne

Officiellement, Charles Enderlin prendra sa retraite à la fin de l’année. Après 34 ans d’antenne. Mais si l’ex-chef du bureau de France 2 à Jérusalem a déjà  donné la clé des locaux à son successeur Franck Genauzeau, il ne quittera pas la scène journalistique. Au programme, de nouveaux livres et des documentaires. Entre autres…

Correspondant de plusieurs radios françaises au début des années 70, journaliste à « Kol Israël » avant de travailler pour Antenne 2 (la future France 2) à partir de la première intifada (1987-1993), Charles Enderlin a vécu l’évolution du Proche-Orient vers la situation inextricable que nous connaissons aujourd’hui. De la visite d’Anouar el Sadate à Jérusalem (1978) à l’assassinat d’Yitzhak Rabin (1995), en passant par la deuxième intifada (2000-2005) et la deuxième guerre du Liban (2006), il a été sur tous les terrains pour couvrir des évènements majoritairement tragiques. « On dit que je suis pessimiste ? Que voulez-vous, depuis le début des années 2000, il n’y a pas de quoi adopter un ton joyeux puisque l’on ne couvre que des catastrophes », assène-t-il.

Votre légendaire « pessimisme » remonte pourtant à plus loin que cela…

Depuis la conclusion des accords de paix d’Oslo (automne 1993), j’ai toujours été persuadé que la droite et l’extrême droite mettraient tout en œuvre pour en empêcher l’application. Aujourd’hui, les gens ont oublié que Benyamin Netanyahou (alors dans l’opposition, ndlr) participait aux manifestations d’ultras et de colons dans lesquelles on brandissait des portraits d’Yitzhak Rabin en uniforme SS. Lui et d’autres figures du Likoud -mais pas toutes- ont clairement participé à la campagne de haine qui s’est alors développée contre lui et contre Shimon Peres.

Comment avez-vous vécu cette période ?

On sentait le drame arriver. Je me souviens qu’à Hébron, on pouvait lire sur le fronton d’un bâtiment occupé par des colons juifs la célèbre phrase du rabbin  Kook : « La main de celui qui renoncera à un pouce de la terre d’Israël sera coupée ». Ca sentait tellement mauvais que j’avais demandé à mes équipes de suivre toutes les manifestations jusqu’à la dernière minute et je dois reconnaître qu’elles n’aimaient pas trop ça parce que ça leur faisait une surcharge de travail. Pourtant, c’est ainsi que nous avons eu des images exclusives de l’arrestation de l’assassin de Rabin le 4 novembre 1995 en plein cœur de Tel-Aviv. Je me souviens que  de nombreux dirigeants arabes s’étaient déplacés pour l’enterrement de Rabin, mais si ce fait a été remarqué à l’étranger, en Israël, les médias ne l’ont pas assez souligné. Dommage.

Suite à la diffusion le 30 septembre 2000, sur France 2, d’images montrant la mort du petit Mohamad Al Dura durant un échange de tirs entre soldats israéliens et policiers palestiniens à un carrefour de la bande de Gaza, vous avez été ciblé par une campagne vous accusant d’avoir manipulé les faits. On était alors au deuxième jour de la deuxième intifada et le flot d’accusations vous visant ne s’est jamais vraiment interrompu depuis lors. Où en êtes-vous aujourd’hui avec cette affaire ?

France 2 et moi avons déposé plainte contre Philippe Karsenty, qui était notre principal détracteur. Il a définitivement été condamné le 26 juin 2013 à payer 7.000 euros de dommages et intérêts. Il n’y a rien d’autre à ajouter.

Aux yeux de certains, vous restez pourtant celui qui a « voulu salir l’image de Tsahal ». Comment réagissez-vous à cela ?

La campagne me visant était alimenté par une partie -et une partie seulement- de la droite israélienne parce que je dérangeais. Avant même l’affaire Al Dura, j’émettais des doutes sur la thèse israélienne affirmant qu’Ehoud Barak avait fait de « généreuses offres de paix » à Yasser Arafat, mais que ce dernier les aurait refusées, préférant un bain de sang plutôt qu’une solution négociée. Evidemment, cela n’a pas plu. De toute façon, les gens intelligents savent que l’histoire tragique de Mohamad Al Dura n’a pas été mise en scène ou trafiquée. Parce que les faits sont les faits. Pour le reste, la campagne montée contre France 2 ne m’a pas abattu. Loin de là ! Elle m’a conforté dans l’idée que je gênais et que j’avais mis le doigt là où ça fait mal.

Retrouvez son nouveau blig sur charlesenderlin.wordpress.com

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