Une trêve avec le Hamas. Fausse bonne idée ?

Bien que le gouvernement israélien ait démenti que des négociations d’une trêve de dix ans à Gaza sont en cours avec le Hamas, tout indique que des discussions sont menées. Des négociations qui nuisent aux Palestiniens modérés de Ramallah et qui ne portent pas sur l’essentiel.

« Si vous voulez détruire l’Autorité palestinienne,

Si vous voulez éliminer politiquement le président palestinien Mahmoud Abbas,

Si vous voulez affaiblir le Fatah,

Si vous voulez séparer de manière permanente Gaza de la Cisjordanie,

Si vous voulez renforcer le Hamas à Gaza et en Cisjordanie,

Si vous voulez empêcher la possibilité de voir un jour un Etat palestinien en Cisjordanie,

Si vous voulez affaiblir le royaume de Jordanie et l’Egypte de Sissi en un seul coup…

Alors, faites un cessez-le-feu à long terme avec le Hamas. C’est aussi simple que cela ».

Voici ce qu’écrivait Gershon Baskin, coprésident de IPCRI (Israël-Palestine center for research and information) à propos des négociations éventuelles entre Israël et le Hamas à propos d’une trêve de dix ans.

Ce mouvement islamiste n’a absolument pas modifié sa perception d’Israël ni des Juifs. Et pourtant, c’est avec ce mouvement que le gouvernement israélien négocie.

Comment expliquer ce paradoxe ? Benjamin Netanyahou et son cabinet refusent de négocier avec l’Autorité palestinienne, modérée et non-violente, la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Une trêve avec le Hamas n’engage en rien Israël sur cette problématique essentielle.

Il est vrai que la situation de Gaza est inacceptable. Le blocus et l’asphyxie de son économie ne contribuent en rien au développement de cette bande territoriale. Et Israël doit prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à cette situation. Mais il semble que cette trêve soit la seule chose que le gouvernement veuille bien négocier avec des Palestiniens. Or, la levée du blocus de Gaza et la cessation des attaques du Hamas sur Israël n’ont de sens que dans la perspective plus générale de la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza.

Si une trêve sur le long terme est conclue entre le Hamas et Israël sans que la moindre avancée soit faite avec les dirigeants de l’Autorité palestinienne à Ramallah en ce qui concerne la création d’un Etat palestinien, la rue palestinienne et le monde arabe en tireront logiquement la conclusion selon laquelle le seul moyen d’obtenir une concession des Israéliens est de recourir à la violence préalablement. Voilà le message très clair que le gouvernement israélien envoie à ses voisins arabes.

Si la seule solution des deux Etats est vraiment celle que préconise le gouvernement israélien, il aurait alors déjà entamé depuis longtemps des discussions sérieuses avec les dirigeants palestiniens de Ramallah. Car si on compare leur attitude à celle du Hamas à Gaza, on comprend vite que d’énormes différences distinguent ce mouvement du Fatah. En dépit des nombreux incidents provoqués par les colons, le calme règne en Cisjordanie et des rockets ne sont pas lancées sur Israël depuis les localités autonomes palestiniennes de Cisjordanie !

Le problème, c’est que le gouvernement préfère négocier avec ceux qui attaquent Israël et ignorer royalement ceux qui ne demandent qu’à négocier pacifiquement un accord définitif. Mais il n’y aura jamais de paix sans discussion avec le leadership palestinien modéré. Tout comme il n’y aura pas non plus de paix en discutant avec le Hamas. 

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