Si les électeurs américains décidaient de donner sa chance à un outsider, le sénateur du Vermont, « Bernie », comme tout le monde l’appelle, aurait toutes les chances d’être élu. Si….
La quintessence du rêve américain, c’est : « N’importe qui peut devenir Président des États Unis ». Rien de plus exact puisqu’un imbécile aussi dangereux que G.W.Bush a été élu par deux fois à ce poste. Alors, pourquoi pas Bernie Sanders ? Heu, Bernie who ?
C’est vrai qu’il n’est pas très connu en dehors du Vermont, l’État dont il est sénateur depuis 2007. Pas plus que ne l’était dans les années 1970, ce planteur de cacahuètes qui n’avait fait qu’un mandat comme gouverneur de Géorgie.
Et qui, quand il s’est lancé dans la course à l’investiture démocrate, n’était qu’à 5% dans les sondages. Tout cela n’a pas empêché Jimmy Carter de devenir le 39ème président américain. Or, au même stade, « Bernie », comme tout le monde l’appelle, est déjà à 23 %….
En plus, ses meetings attirent de plus en plus de monde : 10 000 personnes dans le Wisconsin, 18 000 dans l’Iowa, 28 000 dans l’Oregon, 27 000 à Los Angeles…. Même succès sur les réseaux sociaux dont le rôle, comme l’ont montré les campagnes de B. Obama, est désormais crucial dans les élections.
Une réussite due à un programme ouvertement antisystème : Bernie accuse les 1% les plus riches de confisquer le processus démocratique (« Les milliardaires ont plus d’influence sur la campagne présidentielle que les candidats eux mêmes ! » pendant que le Congrès, soumis aux lobbies, regarde ailleurs.
Un langage qui va droit au cœur des classes moyennes, laminée par la crise des subprimes, dont les salaires stagnent quand ils ne diminuent pas et dont les jeunes doivent s’endetter à vie pour aller en faculté.
Alors, quand le sénateur du Vermont propose d’augmenter le salaire minimum, de taxer les plus riches, de baisser le budget de la défense, d’étendre la couverture maladie universelle ou de mettre en place un fonds pour aider les étudiants, beaucoup dressent l’oreille…
D’autant que Bernie entend faire de la politique « à l’ancienne ». Les « spin doctors » et autres « communicants », très peu pour lui. Et quand une journaliste l’interroge sur la nouvelle coupe de cheveux d’Hillary Clinton, il la rabroue sèchement :
« Je ne voudrais pas être grossier mais je fais campagne pour devenir président des États-Unis en abordant des sujets sérieux. Avez-vous des questions sérieuses ». Peu de politiciens auraient osé.
Plus important, Bernie Sanders est un homme intègre, de ceux qu’on ne peut acheter. Il est le seul des candidats à ne pas être soutenu par un « Super Pac », ces organisations qui reçoivent des millions de dollars de riches industriels peu renommés pour faire dans le don gratuit.
Aux États-Unis, socialiste= communiste = dictature
Lui n’accepte que de petits chèques de particuliers (30 $ en moyenne). Et cela marche : il a déjà récolté 15 millions $, de quoi faire campagne un bon moment. Il continue aussi à monter dans les sondages. En mai, il obtenait 15% des voix démocrates contre 60 à H. Clinton.
Fin juillet, les chiffres sont passés à 33% contre 52. Mieux, dans le New Hampshire, où se tient traditionnellement la première primaire, il la bat 44% contre 37. Une victoire qui en appelle souvent d’autres, comme pour B. Obama en 2008
Ceci dit, il a néanmoins très peu de chances de gagner. Pas à cause de ses origines : les États- Unis ont élu un Noir, ils prennent avec flegme l’idée d’élire une femme, être gouverné par un Juif* ne devrait pas les traumatiser outre mesure.
Ni a cause de son âge : certes, il a 73 ans mais Ronald Reagan n’avait que 3 ans de moins quand il a été élu en 1980 et il a laissé le souvenir d’un bon Président. Non, ce sont les causes mêmes de son succès qui formeront un handicap insurmontable.
Comme le montre son programme, Bernie est un social-démocrate, c’est en tant que tel qu’il a toujours été élu. Mais si en Europe ou dans le très ouvert Vermont, cela ne pose guère de problèmes, il en va tout autrement pour une majorité d’Américains.
Selon un sondage récent, ils préfèreraient encore voter pour un musulman que pour un socialiste, c’est dire. Car pour eux, socialiste= communiste = dictature. Et, comme aux États-Unis, l’élection présidentielle se gagne toujours au centre…
Autre handicap de poids : Bernie attire surtout la classe moyenne blanche. Ni les Noirs ni les Hispaniques ne se retrouvent en lui. Surtout il y a la question de l’argent et là, Bernie est loin de faire le poids face à Hillary.
Sa fortune personnelle tourne autour de 300.000 $. Celle de sa concurrente s’élève à 15 millions (55 avec l’argent de son mari). Et si, comme on l’a vu, Bernie a récolté 15 millions de dons, Hillary en avait déjà 47 alors que la campagne n’est pas encore vraiment ouverte.
Or, les dépenses pour les présidentielles doublent tous les quatre ans. En 2012, elles ont coûté la somme exorbitante de 2,7 milliards $ (2,4 milliards €)…. Par ailleurs, Clinton est plus connue, ses partisans contrôlent le parti, elle a davantage de relations….
Bref, en bonne logique, il n’y a pas photo. Sauf…. Sauf si, comme dans tant d’autres pays démocratiques, les électeurs américains, lassés de ne pas voir les partis traditionnels résoudre leurs problèmes, décidaient de donner sa chance à un outsider, fut-il « extrémiste ».
Dans ce cas de figure, Bernie perdrait tout de même face à un candidat « classique », Jeb Bush, mettons. Par contre, si les Républicains choisissaient eux aussi un ultra, Donald Trump, par exemple, tout deviendrait possible…
C’est sans nul doute ce qu’espère, paraphrasant Hillel-le-Sage, Jane, la femme de Bernie quand elle demandait, lors d’un meeting à Dubuque dans l’Iowa : « Si pas maintenant, quand ? Et si pas Bernie, qui ?
*Ses parents ont fui la Pologne peu avant la guerre, le reste de la famille a disparu dans la Shoah
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