59e Pèlerinage à la Caserne Dossin

Un public nombreux a assisté, ce dimanche 6 septembre 2015, à la célébration du 73e anniversaire du début de la déportation des Juifs et des Tziganes de Belgique, ainsi qu’au 75e anniversaire de la déportation des Juifs de Belgique vers la France, épisode moins connu. Une commémoration qui n’a pas manqué d’évoquer le triste sort des réfugiés.

Au nom de l’Union des Déportés de Belgique – Fils et Filles de la Déportation, Max Haberman a salué la présence de nombreuses personnalités du monde politique, diplomatique, religieux et civil, les représentants des associations communautaires et patriotiques.

Plus de 25.000 déportés en 27 transports entre le 4 août 1942 et le 31 juillet 1944… Les autres ont pu être sauvés grâce aux courageux Justes, malgré le risque qu’ils encouraient eux-mêmes. Hommage aussi au Comité de Défense des Juifs et à Andrée Geulen, seule survivante de l’équipe. Après l’allumage des Six flammes du Souvenir, hommage a été rendu aux martyrs tziganes et juifs devant les plaques commémoratives, et des fleurs ont été déposées sur les rails de la déportation. Intense moment d’émotion lors de la lecture de noms de déportés… Le représentant de la Ville de Malines s’est élevé contre l’antisémitisme, ne pouvant oublier que « la tragédie s’est passée ici même, au cœur de la ville ». Au nom de la jeunesse juive, Jeremy Skowronek et Noa Kawa ont eu les mots justes : « Ce passé est ancré au plus profond de nos grands-parents et arrière-grands-parents. Ils ont tenu bon. Et pleins de vie, grâce à eux, nous poursuivons le combat pour l’ouverture et le vivre-ensemble ». Avant le témoignage poignant d’un ancien déporté, Herman Nejman, arrêté sur dénonciation le 18 septembre 1942, la Gestapo avenue Louise, interné à Malines, expédié vers les camps par le 12e convoi. Son effroyable parcours durant 31 mois de captivité… 

Dans une impressionnante allocution, Herman Van Goethem, directeur général et conservateur du Musée Kazerne Dossin, a rappelé que dans les jours qui suivirent le 10 mai 1940, lors de l’invasion allemande, les autorités belges arrêtèrent des pronazis belges, et aussi et surtout des Juifs ayant fui l’Allemagne nazie dans les années 30. Ils seront déportés en France, aboutiront au camp de transit de Drancy, avant de disparaître à Auschwitz.

A partir de mai 1940, 10.000 Juifs de Belgique échoueront en France. Entre 1942 et 44, environ 5.700 seront déportés depuis Drancy. Des noms à ajouter à celui de nos 25.000 déportés depuis Malines.

Dans un exposé très apprécié, Catherine De Bolle, commissaire générale de la Police fédérale de Belgique, a quant à elle insisté sur le rôle néfaste joué par diverses autorités administratives et policières pratiquant une politique de collaboration docile comme à Anvers et dans d’autres villes belges. Elle a tenu à mettre en lumière les efforts entrepris en matière de formation au sein des Services de Police, de manière à éviter les fautes du passé. Les policiers visitent ainsi régulièrement le Musée Kazerne Dossin.  

« Le problème des réfugiés doit nous interpeller »

Lors de son allocution, Micha Eisenstorg, président de l’Union des Déportés, a remercié les haverim des mouvements de jeunesse qui chaque année nous rappellent la Marche de la Mort par leur marche symbolique qui se déroule au départ de Boortmeerbeek où a été stoppé le 20e convoi du 19 avril 1943. Il a évoqué le dramatique problème des réfugiés qui doit nous interpeler et qui secoue l’Europe entière. En rappelant que depuis 1880, plus de 2 millions de Juifs ont fui les pays de l’Est et les pogroms, ont trouvé refuge en Belgique et ailleurs pour y vivre sans crainte. « Nous savons ce qu’il en est advenu. Quand notre pays a été envahi par les nazis, ils ont été livrés à eux-mêmes, sans protection de l’Etat qui était censé avoir la responsabilité de ses habitants. Sur les 60.000 Juifs, 25.259 déportés ont franchi la porte de la Caserne Dossin; 1.207 ont survécu ». Le président de l’Union des Déportés a rappelé que la communauté juive constitue 0,5% de la population belge, mais représente 50% des victimes civiles de notre pays. L’orateur a rendu hommage aux milliers de concitoyens qui ont contribué à sauver nos coreligionnaires. Avant d’ajouter : « Ceux qui ont survécu à la Shoah n’envisageaient certainement pas que leurs enfants et petits-enfants devraient être protégés par l’armée pour pouvoir vivre leur judaïsme. Après 2.000 ans d’errance, ayant survécu aux massacres des Croisades, de l’Inquisition, à la Solution finale, la communauté juive est cette fois la cible du terrorisme islamiste… Nous sommes toujours sur le qui-vive ». Le président a souhaité rendre hommage aux rescapés qui trouvent encore l’énergie et la force -malgré l’âge- de se rendre dans les écoles pour faire comprendre… « Vous les jeunes, qui assistez à cette cérémonie, vous avez un devoir, celui de perpétuer notre Mémoire, afin que le martyr du peuple juif ne tombe jamais dans l’oubli ».

En finale, les hymnes nationaux et le Chant des Partisans juifs, interprétés par la chorale de l’Ecole Beth Aviv sous la conduite d’Annie Szwertag et Hélène Finn, et l’accompagnement d’André Reinitz. « Mir zainen do » (« Nous sommes là ») devant le portail grand ouvert de la Caserne Dossin…  

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