Ils mettent le feu aux mosquées et aux églises, vandalisent les cultures de leurs voisins palestiniens, ne craignent pas de s’en prendre à l’armée qui les protège et, à l’occasion, brûlent vives leurs victimes. Ils, ce sont les colons extrémistes et autres « jeunes des collines », habitants des implantations « idéologiques » de Cisjordanie.
Ils sont le visage de ce que même le gouvernement Netanyahou n’hésite plus à qualifier de « terrorisme juif ». Voici trois mythes que nous cultivons en Israël autour d’eux.
Premier mythe : « C’est un phénomène récent ». Ce qui explique l’étonnement douloureux de la classe politique et de bon nombre de commentateurs à chaque fois que les fous de Dieu commettent un de leurs forfaits. Mais ce n’est pas un phénomène neuf, loin de là. La violence religieuse nous accompagne depuis au moins les années 80, lorsqu’un mouvement clandestin juif a défrayé la chronique. A l’époque, Yehouda Etzion, Menahem Livni et leurs complices ont posé des charges explosives qui ont gravement blessé deux maires palestiniens, assassiné des étudiants du Collège islamique d’Hébron, tenté de faire sauter six autobus arabes à Jérusalem et planifié le dynamitage des mosquées de l’esplanade du Temple. Le terreau des zélotes était le mouvement du Goush Emounim, le Bloc de la Foi né après la guerre de Kippour pour coloniser les territoires. Le Bloc est toujours avec nous. Etzion et Livni aussi.
Deuxième mythe : « Ce phénomène, nous le traitons avec la dernière sévérité ». D’ailleurs, c’est ce qui nous distingue des Palestiniens, comme n’a cessé de nous l’expliquer notre Premier ministre – l’été dernier, lorsque l’adolescent Mohammed Abou Kdeir a été torturé avant d’être arrosé d’essence et brûlé vif et, un an plus tard, après que des hommes masqués eurent fait subir le même sort à une famille palestinienne, bébé compris : là-bas, a-t-il dit en substance, ils glorifient les meurtriers et nomment des rues en leur honneur ; ici, nous les condamnons et les poursuivons jusqu’au bout. Ehonté mensonge. Le pourcentage des plaintes soumises aux autorités par les Palestiniens qui aboutissent à une véritable enquête est négligeable, et pratiquement nul celui des enquêtes qui entraînent des conséquences judiciaires pour les assaillants. La réalité sur le terrain est d’ailleurs telle qu’il ne saurait en être autrement. Colons et Palestiniens relèvent de deux systèmes juridiques et sécuritaires parallèles. Ceux-là sont jugés par les tribunaux civils, avec les droits et garanties dont bénéficient normalement les citoyens israéliens, notamment le droit au silence ; ceux-ci passent devant les cours militaires. L’armée est chargée de défendre ceux-là et il lui est strictement interdit de se mêler de ce qui arrive à ceux-ci. Les exactions contre eux sont en principe du ressort de la police, mais cette dernière est aux abonnés absents. La police palestinienne, elle, n’a pas le droit d’intervenir. Aussi bien, la population palestinienne est sans défense. Lorsqu’un terroriste palestinien attente à la vie ou aux biens d’un Juif, l’armée déploie sa force de frappe et de poursuite : couvre-feu, bouclage, arrestations massives, interrogatoires tous azimuts. Lorsqu’un terroriste juif attente à la vie ou aux biens d’un Palestinien, dans le meilleur des cas la police traite l’affaire comme un délit commis à Tel-Aviv. L’omerta en vigueur dans les colonies fait le reste, et l’impunité du criminel est peu ou prou assurée. Certes, effrayé par la brutalité du dernier attentat et l’holocauste de toute une famille, le gouvernement s’est résolu à étendre aux extrémistes juifs l’usage de la détention administrative, jusqu’ici l’apanage exclusif des terroristes palestiniens présumés. C’est un cautère sur une jambe de bois.
Ce qui m’amène au troisième mythe, le plus dangereux : « Les terroristes juifs sont des exceptions, des mauvaises herbes dans un champ fondamentalement sain ». Bien entendu, un demi-million de colons ne sont pas des meurtriers en puissance, et il est probable que la plupart d’entre eux n’aiment pas ce qu’une poignée d’allumés font en leur nom. Mais ces mauvaises herbes ne s’épanouissent pas dans le vide. Elles croissent à l’ombre de maîtres à penser, des rabbins poussent au crime qui, deux exemples parmi cent, glorifient un Baruch Goldstein, l’assassin du Caveau des Patriarches, ou étudient dans un ouvrage d’exégèse savante les conditions dans lesquelles il est licite de mettre à mort les goyim, nourrissons compris. Or, ces hommes sont payés par l’Etat, ont des relais à la Knesset et au gouvernement, et l’une de ces sommités talmudiques, le rabbin ouvertement raciste Dov Lior, a été qualifié par Netanyahou de « lumière qui avance à la tête du peuple juif ». Mauvaises herbes ? Que non, aile marchante d’une idéologie qui a pignon sur rue, la version juive de Da’ech.
Frères de la Diaspora, c’est bien gentil de combattre BDS, mais, à l’aune des dangers qui guettent Israël et le sionisme, Dov Lior et son engeance réduisent BDS à une aimable plaisanterie. Sans même mentionner le fait qu’ils en sont de puissants inspirateurs.
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