« S » comme Shmita

Pendant quelques jours encore, jusqu’à la veille de Rosh Hashana, Israéliens et touristes pourront observer à travers les champs du pays cette pancarte apposée tous les sept ans par les fermiers juifs religieux et indiquant fièrement : « Ici aussi, on respecte la Shmita ! » (« Gam khan shomrim shmita ! »). Une pratique religieuse qui se limite aujourd’hui aux récoltes, même si elle visait également à l’époque la libération des esclaves et l’annulation des dettes.

En septembre 2014, début de l’année de Shmita, Elon Gilad consacrait un article à ce sujet dans le journal Haaretz, en revenant sur l’histoire qui explique cette tradition. Tous les sept jours, à Shabbat, l’homme doit se reposer. Le principe prévaut pour le pays entier, Israël, qui selon la Torah doit lui aussi se reposer chaque septième année. « Shnat Shmita » est le nom donné à cette année sabbatique, qui a fini par entrainer plus de stress que de repos chez beaucoup d’Israéliens et a dû trouver quelques adaptations pour rester praticable.

Avec les années en effet et jusqu’au 19e siècle, le nombre de fermiers juifs sur la terre d’Israël s’est réduit comme peau de chagrin. Ce n’est qu’avec l’apparition du mouvement sioniste qu’ils sont réapparus en quantité, avec une impossibilité de survivre une année entière sans travailler la terre.

Une solution halakhique a par conséquent été trouvée. Lors de l’année hébraïque 5649 (1888 du calendrier grégorien), année de Shmita, le Rabbin Yitzchak Elchanan Spektor a ainsi déclaré que la terre juive de Palestine pouvait être temporairement vendue aux Arabes pendant cette période, pour contourner le problème. Plusieurs rabbins ont suivi, avant de se voir opposer à leur échappatoire le refus des rabbins ashkénazes de Jérusalem.

Avec la présence juive et le nombre de fermiers croissants en Palestine, le problème est devenu plus criant, jusqu’à ce qu’en 1948, à la fondation de l’Etat d’Israël, le chef du rabbinat formalise cette proposition, également soutenue par le Rabbin Abraham Isaac Kook, un des leaders du sionisme religieux, et visant à vendre « virtuellement » la terre aux non-Juifs.

En 2007, année de Shmita, le statu quo a failli être mis en péril, le chef du rabbinat d’Israël décidant que chaque conseil rabbinique local décide lui-même de son application. Le débat se poursuivra au ministère de l’Agriculture qui saisira la Cour suprême, laquelle exigera le maintien du statu quo.

Une autre solution appelée « Otsar Beit Din » viendra compléter la pratique, pour permettre aux fermiers de percevoir un revenu pour récolter les fruits et légumes et les transporter, et être rémunérés pour leur travail, sans que leur production le soit.

Pour ce qui concerne la consommation, la plupart des Juifs ultra-orthodoxes ont trouvé une parade en se fournissant dans les produits importés, voire en achetant des produits cultivés par des fermiers non juifs, arabes israéliens et palestiniens. Une solution qui n’enthousiasme pas tout le monde cependant, l’achat à des non-Juifs étant prohibé par la Loi juive. « Il y a également des paysans juifs dans les territoires et comme leurs produits sont cultivés par des Juifs, ils sont donc casher », explique un responsable du kibboutz Mizra, situé à proximité d’un champ « certifié » Shnat Shmita. « Il y a toujours moyen de s’arranger en trouvant un rabbin qui facilitera les choses et légitimera telle ou telle pratique. De la même manière, à la veille de Pessah, une cérémonie officielle est organisée pour permettre à un Druze de racheter pour un montant symbolique tout le hametz de l’Etat d’Israël ! ».

Etant donné la progression actuelle du religieux en Israël, la Shmita semble encore assurée de beaux jours.  

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