Aylan ou la fin de la politique de l’autruche

L’image du petit Aylan, syrien de trois ans retrouvé noyé aura réussi à secouer les opinions publiques qui, à l’évocation des dizaines de milliers de morts et des millions de personnes en fuite, étaient restées étonnamment silencieuses. En Flandre, les sorties virulentes envers les réfugiés des pontes de la N-VA, Bart De Wever et Lisbeth Homans, se voient remises en question par la société civile dont la communauté juive.

La rentrée politique flamande aura été placée sous le sceau des déclarations controversées de la part de Bart De Wever et de Liesbeth Homans, respectivement bourgmestre d’Anvers et ministre flamande à l’intégration. Les deux déclarations mobilisant la notion de préférence nationale font furieusement penser au fameux « eigen volk eerst » cher au Vlaams Belang.

Pour De Wever, l’égalité de traitement entre un réfugié reconnu et un citoyen belge, en matière de droits sociaux, est injuste. Ainsi, toujours d’après son raisonnement, il faudrait mettre en place un système de préférence nationale où le belge ayant contribué au système devrait toucher plus que le réfugié reconnu. Pour Homans, la loi stipule que le fait de posséder une maison exclu la possibilité de bénéficier d’un logement social. Les réfugiés qui possèdent une maison dans leur pays d’origine ne devraient donc pas avoir droit à un logement social. S’il ne s’agissait pas d’une thématique si sérieuse qui impactait sur la vie des plus démunis, cette dernière déclaration porterait presque à sourire.

Peut-être aurions-nous eu droit à d’autres sorties hebdomadaires dans le genre permettant au plus grand parti du nord du pays de jouer sur les deux tableaux. Theo Francken, secrétaire d’Etat à l’asile et la migration, affichant la face « humaine » du parti par sa gestion quotidienne de la crise de l’asile, et les autres personnalités flattant la frange xénophobe. Sauf qu’entre-temps, la médiatisation de la tragédie humaine d’Aylan est passée par là et a contraint les européens à se regarder dans la glace.

Outre le symbole Aylan, plus un jour ne se passe sans que nous ne soyons confrontés à la détresse humaine des individus qui ont tout quitté pour survivre, comme le dirait la poétesse somalienne Warsan Shire « personne ne met ses enfants dans un bateau, à moins que la mer soit plus sûre que la terre ». Cette situation interroge nos sociétés au-delà des clivages économiques, linguistiques et religieux.

Ainsi, les communautés juives, musulmanes et chrétiennes anversoises ont lancé vendredi dernier un appel réclamant la mise en place de politiques migratoires plus humaines par le gouvernement. Nous ne pouvons que rejoindre cet appel conjoint.

Par contre, il est très intéressant de parcourir le communiqué du Forum der Joodse Organisaties, le CCOJB flamand, pour en apprendre plus. L’argument principal mis en avant est que les Juifs, de par leur histoire, ont été confrontés à des persécutions et savent mieux que quiconque ce que signifie fuir la barbarie pour recommencer une vie ailleurs. Jusque-là, rien de particulièrement étonnant.

Là où ça le devient plus, c’est lorsque le communiqué revient sur la conférence d’Evian en 1938, organisée par le Président américain Roosevelt, qui devait trouver un nouveau pays d’accueil pour les Juifs autrichiens et allemands. D’après le Forum, la seule exception à l’échec de la Conférence fut la Belgique qui recueilli des réfugiés. On peut largement questionner cette interprétation. S’agit-il de ménager les susceptibilités de certains politiques qui ont dû mal à gérer leur propre rapport à l’histoire ?

Toujours est-il que nous portons aujourd’hui notre part de responsabilité dans l’instabilité politique des pays d’origine de ces exilés. Prenons nos responsabilités dans leur accueil pour ne pas répéter les erreurs du passé où des millions de vies ont été sacrifiées sur l’autel de l’égoïsme national. Ne cachons plus notre tête sous le sable, mais relevons-la. Le silence des pantoufles est parfois plus dangereux que le bruit des bottes. 

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