La « guerre du shabbat » reprend du service

En Israël, la guerre du Shabbat ne punira pas les amateurs de ballon rond. Du moins, pas tout de suite. Un arrangement a en effet été trouvé pour que les joueurs participant à des rencontres le jour du Shabbat, dans le cadre du championnat national, ne soient pas sanctionnés…

Le procureur Yehuda Weinstein a fait savoir, ce mercredi 9 septembre 2015, qu’il ne trouvait pas de justification légale pour punir ceux qui joueraient pendant le jour de repos hebdomadaire selon la loi juive. « Les amateurs de football peuvent pousser un ouf de soulagement », a commenté la ministre des Sports, Miri Regev, dans un communiqué.

Le statu quo entre laïques et religieux avait failli voler en éclats en août lorsqu’une magistrate de Tel-Aviv avait donné raison à des joueurs de deuxième division qui l’avaient saisie parce qu’ils ne voulaient plus jouer pendant le Shabbat. Pour ne pas contrevenir au droit du travail, la Fédération nationale de football avait annoncé en conséquence l’annulation de tous les matches, professionnels et amateurs, prévus le samedi, aussi longtemps « que le ministre de l’Economie ne délivrera pas de permis de travail le jour du Shabbat ou qu’un autre arrangement légal n’aura pas été trouvé ». 

Une pierre dans le jardin du ministre de l’Economie Arieh Dery, le leader du parti ultra-orthodoxe orthodoxe Shas… Certes, ce dernier n’a rien inventé. Selon la législation israélienne sur le travail, les entreprises doivent obtenir une autorisation spéciale pour faire travailler leurs collaborateurs le Shabbat. Près de 400 entreprises bénéficient d’exemptions pour opérer le samedi : du géant pharmaceutique Teva au fabricant de microprocesseurs Intel. Mais le respect du Shabbat est un sujet éminemment politique, dont les partis religieux, à commencer par la formation Shas, font leur cheval de bataille.

C’est ainsi que, début septembre, des membres ultra-orthodoxes du conseil municipal de Jérusalem ont menacé de mettre un véto sur un service de location de vélos -de type Vélib- opérant le samedi. Quelques semaines plus tôt, l’ouverture d’un nouveau complexe de cinémas, situé à Abu Tor, un quartier mixte (arabe et juif) de la Ville Sainte, et ouvert 7 jours sur 7, avait ravivé la polémique. Et poussé des milliers d’ultra-orthodoxes à descendre dans les rues pour exprimer leur mécontentement.

« Aller à la synagogue et se rendre au stade fait partie des habitudes »

La controverse autour de la possible annulation des matchs de football le samedi a, quant à elle, a toute de suite pris une dimension nationale. Le président de l’Etat hébreu, Reuven Rivlin, grand amateur de foot, a lui-même pris position pour le maintien du statu quo. « Aller à la synagogue le samedi et ensuite se rendre aux matches de football (aux stades de) Katamon ou Teddy fait partie des habitudes des habitants de Jérusalem », a-t-il pointé. 

« Israël ne possède qu’un seul jour de repos. Si nous en avions deux, comme dans les autres pays, je serais le premier à demander à éviter l’organisation de matches de ligue le samedi », a commenté de son côté Yair Lapid, le leader du parti centriste laïque, Yesh Atid. « Mais ce n’est pas le cas, et le samedi en Israël reste le jour du football. Essayer de changer cela revient à tenter d’imposer le respect du Shabbat à tout un chacun. Au lieu de laisser à chaque personne la liberté de vivre ce jour comme elle l’entend ».

Il est vrai que l’affaire touche à un symbole national. Dans l’histoire d’Israël, rappellent les spécialistes, on a toujours joué au football le jour du Shabbat, quand le reste de l’activité du pays est quasiment à l’arrêt. Des masses d’Israéliens vont au stade, regardent les matches à la télé ou jouent eux-mêmes ce jour-là. Même si selon un récent sondage effectué pour le compte de l’association des joueurs professionnels, 68% d’entre eux préféreraient ne pas jouer le jour du shabbat…

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