Israélien, d’origine éthiopienne, Imanuel Yerday a choisi la France pour lancer son nouveau projet intitulé « DBlack Lion », un album où le reggae inspiré de Marley se mêle à sa culture juive parmi bien d’autres influences, lorsqu’il vocalise alternativement en hébreu, en français en anglais ou en tigrigna, la langue sémite ancestrale de ses parents.
« Je suis né en Israël, car mon père et ma mère étaient des pionniers. Ils ont quitté le pays en 1970, avant l’avènement de la sanglante dictature de Mengistu. Lorsqu’ils sont arrivés, ils devaient être les premiers Juifs éthiopiens à rejoindre le pays », explique Imanuel.
Lorsque l’opération Moïse s’est déroulée, il avait une dizaine d’années quand il a vu, du jour au lendemain, débarquer des Juifs sauvés d’Ethiopie, qui avaient la même couleur de peau que lui. Si ces deux ponts aériens -avec l’opération Salomon en 91- comptent parmi les plus belles réussites de l’Etat hébreu, Imanuel est plus circonspect sur l’assimilation des « falashas ». « Pour moi c’était une joie, pour tout le monde d’ailleurs; mais ce n’était pas facile, loin de là. Oui, nous étions heureux et fiers de les voir arriver, mais cela n’a pas non plus été aisé de s’intégrer. Je me souviens que nous avons manifesté à maintes reprises. Ce n’était pas un processus facile, c’était une lutte. Notre émigration s’est caractérisée avant tout par un refus de la classe politique. Refuser les gens par le racisme, dans la vie quotidienne, dans le travail aussi. Les rabbins de notre communauté ne sont-ils pas considérés comme de « faux » rabbins par le Consistoire ? »
En quête d’autres horizons, Imanuel a succombé à la France, capitale de la world-music, il a donc décidé de s’y installer, même s’il n’était pourtant pas francophone.
« Israël est un petit pays. J’avais un groupe là-bas à l’époque, Roots Africa. On a fait tout ce qu’on a pu faire avec et on a eu un certain succès. On a joué absolument partout, on a sillonné Israël dans tous les sens, mais j’ai décidé d’aller voir ailleurs ».
Imanuel se souvient qu’il avait à peine 8 ans lorsqu’il a composé sa première chanson en hébreu. Puis, il a découvert le reggae grâce à Bob Marley et s’est laissé séduire par son message universel. Après tout, Marley ne se considérait-il pas comme un membre de la 13e tribu perdue d’Israël via la reine de Saba et Salomon, puis son dernier descendant le négus Hailé Sélassié, l’Empereur d’Ethiopie, une figure essentielle à ses yeux.
« C’était surtout un personnage incroyable », poursuit le chanteur. « Juste avant la Seconde Guerre mondiale, il s’est battu comme un lion pour lutter contre l’invasion de son pays par Mussolini. Il avait un message pour le Monde et pour l’Humanité, un message qu’il a tenté de faire passer à la Société des Nations, mais hélas cela n’a pas empêché les Italiens de perpétrer un génocide en Ethiopie ».
« La langue est une musique »
Imanuel Yerday a l’amour du reggae dans le sang, mais pas seulement. « L’album D Black Lion ne contient pas que du reggae », assure-t-il. « On y trouve également des chansons soul, mais aussi beaucoup de fusions, entre le rock et le reggae, par exemple. La musique éthiopienne aussi. Et puis, je chante en français, en anglais, en hébreu et en tigrigna. C’est une langue éthiopienne sémitique, une langue ancestrale parlée dans le nord du pays. C’est important pour moi cette diversité, car la langue est une musique. Les langues sont des musiques. Les paroles sont également des musiques. Chaque langue, bien sûr, contient sa musicalité. Du choix d’une langue par rapport à une autre peut jaillir une musicalité différente. C’est justement cet éclectisme qui m’intéresse ».
Pour ce nouvel album, le but était de réunir différents musiciens de différents pays pour parvenir à un vrai « melting-pot », histoire de retrouver cette fameuse musicalité. Imanuel a su convaincre 30 instrumentistes accomplis de l’accompagner dans cette aventure « D Black Lion », une utopie comme il dit. L’album chante aussi bien la tragédie du Darfour « Darfour » -qui le bouleverse- que la liberté. Pour achever de le financer, il lance une campagne participative de crowdfunding. Son premier album « Rise O Israel ! » était sorti en 1997. Que de chemin parcouru depuis, mais surtout quelle ténacité !
Pour en savoir plus http://dblacklion.com/
Pour apporter votre participation à l’album : www.pledgemusic.com/artists/dblacklion
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