Normal : il s’agit de la suite de « Hiding place » (« La cachette ») réalisé en 1975 par James F. Collier, dont moins de gens encore ont entendu parler. Pourtant, même s’il a beaucoup été utilisé –et souvent avec succès- le thème n’est pas quelconque :
Le film est basé sur l’autobiographie d’une Néerlandaise, Corrie ten Boom qui fut déportée avec toute sa famille par les nazis pour avoir caché des Juifs durant la 2ème guerre. Elle fut la seule à revenir.
Ce qui a bloqué sa carrière, c’est sans doute la manière dont le sujet est traité : il s’agit d’une œuvre de propagande destinée à vanter les splendeurs du christianisme. : C’est l’enseignement de Jésus qui incite les ten Boom à cacher des Juifs.
C’est Lui qui, par miracle, sauve Corrie de la mort dans le camp de concentration de Ravensbrück. Du coup, après la guerre, celle-ci consacre sa vie à ce Sauveur dont l’amour est plus fort que les crimes des hommes.
Rien d’étonnant à cela : « Hiding place » a été réalisé pour et par des chrétiens fondamentalistes américains et a surtout été diffusé dans des églises ou des centres culturels rattachés à ces mouvances.
Quant à la suite, réalisée en 2013, elle raconte la même histoire mais du point de vue d’un étudiant chrétien allemand que sa foi incite à rejeter le nazisme. Cette fois, le film a été tourné par un cinéaste un peu plus connu (quoique), Peter C. Spencer
Et avec une vraie vedette : John Rhys-Davies, nul autre que le nain Gimli dans la trilogie du « Seigneur des anneaux » ! Du coup, le film a été soutenu et diffusé par les réseaux de chrétiens ultra-conservateurs comme Rick Santorum * ou le célèbre télévangéliste Billy Graham.
C’est d’ailleurs grâce à J. Rhys-Davies que P.C. Spencer a eu l’idée du sondage. Alors qu’il défendait son film sur une chaîne religieuse, l’ex-nain a interpellé les deux présentateurs en leur demandant s’ils risqueraient la vie de leurs familles pour sauver des Juifs
L’un d’eux a répondu catégoriquement « oui » et l’autre, avec autant de fermeté, « non ». Spencer a donc demandé à l’institut de sondage (évangélique) Barna Research de poser la question à un panel représentatif d’Américains.
Imaginons que le Front National prenne le pouvoir en France….
Aussitôt dit, aussitôt fait. Un millier de citoyens des États-Unis ont été interrogés : « Si vous aviez vécu durant la Seconde guerre mondiale, auriez-vous risqué la prison ou la mort pour vous et votre famille afin de sauver des Juifs ? ».
31% (marge d’erreur : 3%) ont répondu qu’ils ne le feraient pas. Si on y regarde de plus près, les femmes ont été plus nombreuses que les hommes à refuser. De même que les sans-religions par rapport aux croyants.
A l’inverse, les gens mariés y étaient plus disposés que les célibataires et les homosexuels davantage que les hétérosexuels… Bien entendu, ce sondage n’a qu’une valeur très relative : La question est des plus théorique dans un pays qui n’a pas été envahi, et à fortiori occupé, depuis… 1812.
D’autre part, et même s’il est très facile de se montrer courageux dans le confort de son salon, si 31% ont dit non, cela signifie tout de même que 69% ont répondu qu’ils étaient prêts à courir ce risque.
Un chiffre énorme : dans l’Europe occupée par les nazis, on estime qu’il n’y avait dans chaque pays qu’’environ 1% de résistants actifs – sans compter, bien sûr, les braves qui ont couru au secours de la victoire en tondant les « collaboratrices horizontales »
Encore le chiffre semble-t-il surévalué : la Belgique par exemple, ne compte qu’environ 170.000 résistants reconnus sur 8,4 millions d’habitants. De même en France, n’a-t-on recensé que 260.000 « Combattants volontaires de la Résistance » pour 40 millions de citoyens.
Ajoutons-y cependant un chiffre arbitraire de 5, voire 10% de résistants non-combattants, comme ceux qui ont caché des Juifs, par exemple. On est encore loin des Américains. Mais que répondraient des gens dont les grands-parents ont vraiment connu l’occupation nazie ?
Sauf qu’un sondage pareil en Europe serait tout aussi théorique qu’aux États-Unis : à part des groupuscules islamistes ou une poignée de néo-nazis, aucun parti, d’extrême-droite ou d’extrême gauche, n’a les Juifs dans sa ligne de mire.
Pour qu’une telle question fasse vraiment sens, il faudrait recourir à des scénarios tout à fait improbables. Imaginer par exemple, que le FN prenne le pouvoir en France ou le Vlaamse Belang chez nous.
Et que, après une vague sanglante d’attentats islamistes par exemple, ces partis lancent une chasse aux Arabes avec interdiction, sous peine d’emprisonnent, aux citoyens « normaux » de leur venir en aide ou de les héberger.
Là, il serait intéressant que connaître les réponses tant des Juifs que des non-Juifs à une question comme : « Si une telle situation se produisait, risqueriez-vous la prison pour vous et votre famille afin de sauver des Arabes ? »
Mais bien, sûr, de telles éventualités sont trop invraisemblables pour ne fût-ce qu’y songer. N’est-ce pas ? N’est-ce pas ?
*Rick Santorum : politicien républicain, ultra-conservateur en matière de mœurs (anti- contraception, anti-avortement, anti-mariage gay etc.). Candidat malheureux face à Mitt Romney lors de l’investiture républicaine pour les présidentielles de 2012
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