Chantal Akerman nous a quittés

Cinéaste belge née à Bruxelles en 1950 dans une famille juive polonaise, Chantal Akerman est décédée ce mardi 6 octobre 2015 à Paris. Sur son œuvre cinématographique marquée par le féminisme et l’influence de la Nouvelle vague, l’ombre de la Shoah a toujours plané.

Considérée comme l’une des cinéastes les plus marquantes du cinéma d’auteur, Chantal Akerman aura influencé de nombreux réalisateurs européens et américains. « Elle a surtout défini une nouvelle manière de faire du cinéma en s’appuyant sur quatre éléments essentiels : le féminisme, le cinéma expérimental américain qu’elle connaissait très bien, la Nouvelle vague et la mémoire de la Shoah », souligne le cinéaste belge Luc Dardenne.

Comme son ami le cinéaste belge Samy Szlingerbaum, né la même année qu’elle et décédé en 1986, Chantal Akerman s’est nourrie du manque et de la souffrance suscités par la Shoah auprès de cette génération de Juifs nés juste après. Ils ont tous les deux abordé ces problématiques alors que la mémoire de la Shoah n’occupait pas encore une place aussi centrale dans la conscience collective.

« La Shoah est présente dans tous les films de Chantal Akerman, même si ce n’est jamais présenté de manière explicite. Elle met bien en évidence le sentiment de disparition, d’inquiétude et de peur », insiste Luc Dardenne. « Même quand elle réalise le film sur la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, où l’on voit tous ces migrants qui fuient la misère, on retrouve toujours la même idée de ces gens qui ne savent plus où ils sont, qui ignorent aussi où ils vont atterrir et qui ont peur de disparaître. Toutes ces questions qui n’ont cessé de hanter Chantal Akerman ».

Dans son tout dernier film, No Home Movie, Chantal Akerman revient de manière plus précise sur cette période douloureuse en racontant l’histoire de sa mère qui arriva en Belgique en 1938, après avoir fui la Pologne, ses pogroms et ses exactions.

Luc Dardenne se souvient surtout d’une femme inquiète, sincère et très généreuse : « Beaucoup de gens ont dit qu’elle était difficile. Je ne pense pas. Chantal était plutôt exigeante, mais surtout d’une grande sincérité qui lui permettait d’extérioriser ce qu’elle avait en elle. Tous ceux qui ont travaillé avec Chantal vont le diront et c’est ce qu’ils aimaient en elle ».

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