Chercheur à la Fondation de la Mémoire contemporaine (Bruxelles), Jacques Déom vient de publier La filière des ombres. L’odyssée des réfugiés juifs, Belgique-Palestine (1945-1948), livre dans lequel il raconte l’histoire mal connue de l’immigration clandestine en Palestine mandataire de rescapés de la Shoah à partir de la Belgique. Il présentera son livre au CCLJ le jeudi 22 octobre 2015 à 20h.
Entre la capitulation allemande en mai 1945 et la création de l’Etat d’Israël en mai 1948, d’intenses efforts sont déployés par le mouvement sioniste pour amener en Palestine mandataire des rescapés de la Shoah. La puissance mandataire britannique s’obstinant à maintenir le Livre blanc limitant drastiquement l’immigration juive en Palestine, les autorités du Yichouv (communauté juive de Palestine mandataire) doivent organiser cette immigration dans la clandestinité. C’est sous l’expression d’Alya bet que cette immigration clandestine est désignée. Alors qu’ils cherchent un havre de paix où ils peuvent se reconstruire, de nombreux rescapés de la Shoah ayant atterri dans les camps de personnes déplacées créés par les alliés en Allemagne, le mouvement sioniste utilise le territoire belge pour organiser leur immigration clandestine vers la Palestine.
Dans ce contexte difficile, trois bateaux chargés de rescapés de la Shoah ayant transité par la Belgique sont envoyés en Palestine. Ainsi, transférés d’Anvers vers La Ciotat (Marseille), quelque 70 Juifs en transit en Belgique embarquent le 17 mars 1946 à bord du Tel Hay en compagnie de plus de 700 autres immigrants clandestins vers les côtes palestiniennes. Un an plus tard, plus de 1.500 Juifs en transit en Belgique sont acheminés vers Sète où ils embarquent sur le Théodore Herzl. Ce navire est malheureusement arraisonné par la Royal Navy qui les envoie dans des camps de détention à Chypre. Ils ne pourront gagner Israël qu’après l’indépendance du pays. Et entre ces deux dates, le Hachayal HaHivri est le seul bateau à appareiller directement d’Anvers le 14 juillet 1946, avec à son bord 571 immigrants juifs.
Différents acteurs jouent un rôle majeur dans ces opérations clandestines. Il faut tout d’abord mentionner la Brigade juive. Cette unité de l’armée britannique composée de 5.000 soldats juifs originaires de Palestine et de différents pays européens est stationnée en Belgique entre juillet 1945 et juillet 1946. Début 1945, la Brigade juive acquiert près de Namur un château où elle installe un centre de formation professionnelle pour les jeunes Juifs se destinant à l’alya et elle ouvre aussi deux homes à Anvers pour accueillir les transitaires juifs qu’elle a fait venir en Belgique pour les envoyer en Palestine. La Brigade juive joue ainsi un rôle déterminant dans l’épopée du bateau Hachayal HaHivri. « Par leur captivité au sein des groupes de réfugiés juifs, les soldats de la Brigade juive ont aussi joué un rôle fondamental de resocialisation et de rejudaïsation des survivants », souligne Jacques Déom. « Leur dynamisme et leur enthousiasme ont puissamment contribué à restaurer l’image tragiquement dégradée de la condition juive ».
Fela Perelman active dans l’Alya Bet
Les hommes de la Brigade juive, et ceux du Mossad ensuite, ne peuvent déployer leurs activités clandestines sans l’appui et la coopération de Juifs de Belgique. Une femme se distingue tout particulièrement : Fela Perelman. Cette brillante intellectuelle d’origine polonaise ayant épousé en 1935 le professeur de philosophie de l’ULB Chaïm Perelman est aussi une femme d’action. Son engagement sioniste se traduit durant ses études à l’ULB par sa participation active à l’association des étudiants juifs de Belgique et se prolonge ensuite dans son action résistante durant l’occupation allemande. C’est dans la maison des Perelman que se crée au cours de l’été 1942 le Comité de défense des Juifs (CDJ). Après la Guerre, Fela Perelman devient une des chevilles ouvrières de l’Alya bet en Belgique. Et fort de ses multiples contacts avec les mondes politique et académique, elle n’hésite pas à intervenir personnellement auprès des autorités belges pour qu’elles autorisent le séjour de réfugiés juifs transitaires arrivés en Belgique avant leur départ vers la Palestine.
Non seulement le livre de Jacques Déom nous éclaire sur une expérience humaine complexe, mais il nous permet de mieux cerner les conditions difficiles dans lesquelles l’immigration juive clandestine vers la Palestine s’est réalisée dans cette courte période qui s’étend de 1945 à 1948.
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