Les réseaux sociaux sont-ils complices de la vague de violences meurtrière qui sévit depuis début octobre dans l’Etat hébreu ? Dans un éditorial au vitriol intitulé « The Facebook intifada », paru le 4 novembre 2015 dans les colonnes du New York Times, Micah Lakin Avni répond par l’affirmative.
A en croire Micah Lakin Avni, cet entrepreneur israélien, PDG d’un groupe financier basé à Tel-Aviv, qui s’exprimait récemment dans le New York Times, les plates-formes de médias sociaux n’en font pas assez pour combattre les contenus incitant à la haine raciale. « J’ai réalisé que les leaders ayant le plus d’influence sur la situation au Moyen-Orient ne sont pas Ban Ki Moon (ndlr : secrétaire général des Nations-Unies) ou Benjamin Netanyahou, mais Mark Zuckerberg de Facebook ou Jack Dorsey de Twitter », indique-t-il.
Micah Lakin Avni s’exprime en connaissance de cause. Il y a trois semaines, son père âgé de 76 ans a été touché à la tête par des tirs et poignardé à la poitrine par des agresseurs palestiniens, lors d’une attaque terroriste survenue dans le quartier d’Armon Hanatziv, à Jérusalem. Après un séjour de quinze jours dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Hadassah, Richard Lakin a succombé à ses blessures. « Il est mort des suites de la même incitation à la haine contre laquelle il a lutté toute sa vie », a précisé sa famille.
De fait, le parcours de cet Israélo-américain, originaire du Connecticut, est édifiant. Depuis son installation en Israël dans les années 1980, cet éducateur s’était consacré à enseigner l’anglais à des enfants juifs et arabes. Richard Lakin avait activement combattu aux Etats-Unis pour les droits civiques dans les années 1960. Juif libéral, il était aussi devenu membre fondateur de l’initiative en ligne « Israel loves Iran », visant à rapprocher les peuples des deux pays.
« Lorsque la nouvelle de la tragédie est tombée, de nombreux résidents chrétiens, musulmans et juifs de Jérusalem, qui admiraient son travail, ont accouru à son chevet. Ban Ki Moon a fait de même lors de sa récente visite en Israël », a rappelé Micah Lakin Avni, lequel a pris conscience de la responsabilité des réseaux sociaux pendant l’hospitalisation de son père.
« Le jeune homme qui est monté dans un bus ce jour-là, pour assassiner mon père, avait déjà posté sur Facebook sa volonté de mourir en martyre. Il a sans doute été influencé par les vidéos pédagogiques expliquant comment poignarder de manière optimale », mentionne-t-il encore dans le même éditorial. « De manière écœurante, l’agression de mon père est devenue virale sur les médias sociaux palestiniens. Une vidéo célébrait l’incident et appelait les jeunes Palestiniens à tuer d’autres Juifs ».
Recours collectif
Mais pour tenter d’endiguer le flux de contenus maléfiques des médias sociaux, Micah Lakin Avni a joint le geste à la parole. Aux côtés d’autres membres de sa famille, il est devenu le principal plaignant d’un recours collectif déposé voilà quelques jours contre Facebook, accusant le réseau social d’ignorer les messages palestiniens appelant à la violence contre les Juifs.
Dans la plainte déposée à la Cour suprême de Brooklyn dans l’Etat de New York, les 20.000 plaignants israéliens, fédérés par l’ONG israélienne Shurat HaDin, estiment que les messages de Facebook ont inspiré les récentes attaques terroristes. Et que le groupe a une obligation « juridique et morale » de bloquer les contenus antijuifs.
Nitsana Darshan-Leitner, la directrice de Shurat HaDin, appelle Facebook « à supprimer plus de 1.000 pages incendiaires » et à améliorer ses mécanismes de surveillance. Sans pour autant réclamer de dédommagements financiers. Une action en justice que le réseau social a d’ores et déjà jugée « sans fondement ».
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