Colette Braeckman, le niveau 3 de la menace et la Palestine

Dans l’édition en ligne du Soir de ce 29 novembre 2015, Colette Braeckman, grand reporter en Afrique, publie un article sur le passage au niveau 3 de la menace à travers une ballade dans Bruxelles. Une occasion pour resservir de vieux poncifs sur la place centrale de la cause palestinienne… même dans la tragédie que Paris vient de subir.

Cela doit être difficile pour un grand reporter parcourant les forêts et les savanes d’Afrique centrale de se retrouver dans la grisaille de Bruxelles à assurer la garde du journal pour lequel il travaille et de couvrir la « banalité » du passage du niveau 4 au niveau 3 de la menace (fixée par l’OCAM).

C’est dans cette situation que se retrouve Colette Braeckman, spécialiste de l’Afrique au quotidien Le Soir. Mais que dire sur Bruxelles alors qu’elle revient du Nigéria où elle a observé la perte de terrain des islamistes de Boko Haram dans le nord de ce géant de l’Afrique ?

Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, elle décide de publier un papier d’ambiance en racontant son week-end dont le point d’orgue fut sa présence au 40e anniversaire des Amitiés belgo-palestiniennes (ABP) dans un centre culturel de Molenbeek.

Ce n’est pas folichon, mais au moins cela permet à Colette Braeckman de nous rappeler au bon souvenir de ses amis « Pierre Galand, Marianne Blume, Nadia Farkh et aussi tous les autres, qui depuis quatre décennies mobilisent les solidarités, rappellent, sans relâche, comment sont bafoués les droits du peuple palestinien, combien cette écharde plantée au cœur du monde arabe demeure douloureuse, humiliante… ».

L’humiliation et la douleur causée au monde arabe par l’écharde de la Palestine ! Est-ce vraiment la question palestinienne qui empêche le monde arabe de s’épanouir pleinement ? Comment ne pas songer à Kamel Daoud, cet écrivain et journaliste algérien qui ne supportait plus que la question palestinienne demeure le défouloir collectif du monde arabo-musulman. Il avait dénoncé en 2014 cette « solidarité facile, pleurnicharde, émotive et de droit public » à la Palestine que l’on ne doit jamais penser ni interroger.

« Israël a parfois bon dos ! », écrivait un autre écrivain algérien, Mohamed Kacimi pour prendre la défense de son ami Kamel Daoud devenu la cible des anti-israéliens les plus virulents. « Depuis 1948, si Israël n’existait pas, les régimes arabes l’auraient inventé pour justifier la faillite de ce monde qui, de Rabat à Bagdad, n’est qu’un vaste goulag avec les mosquées pour miradors et les barbus à la place des kapos ». Et d’ajouter ensuite : « On arbore son nom, on le crie dans les rues arabes et dans les mosquées quand on sent que la virilité arabe est en cause. Car dans cet imaginaire collectif, gangrené par le religieux, le mot Palestine ne renvoie ni à une géographie ni à une histoire, mais à une frustration collective ».

Il ne s’agit pas de reprocher à Colette Braeckman d’être solidaire des Palestiniens, ni d’exprimer publiquement cette solidarité aux côtés d’une association dont l’objet est précisément cette cause. Comment oserions-nous alors que nous dénonçons l’occupation et la colonisation israélienne des territoires palestiniens ! Mais revenir avec le refrain usé et faux de l’humiliation causée au monde arabe dans son entièreté n’est sûrement pas à la hauteur d’une journaliste qui connaît toute la complexité des enjeux géopolitiques.

Autre chose de frappant dans ce papier écrit par Colette Braeckman. Ne connaissant pas la rue de Molenbeek dans laquelle l’ABP organisait son 40e anniversaire, elle a demandé son chemin à une passante molenbeekoise qui lui a répondu  avec un enthousiasme… très militant : « Le visage d’une jeune femme s’éclaire lorsque nous lui demandons si elle sait où se trouve la rue Lavallée, où les Amitiés belgo-palestiniennes célèbrent leur 40e anniversaire. Elle connaît, elle approuve : « Les Palestiniens il ne faut pas les oublier. C’est par cette injustice-là que tout a commencé… » !

Cette remarque n’est ni commentée ni explicitée. Or, elle traduit vraiment le fond du problème, et peut-être la pensée de l’auteur. Si des jeunes musulmans sèment la terreur à Paris en se faisant sauter et si le monde arabo-musulman se porte si mal depuis tant d’années, ce n’est que de la faute de celui qu’elle ne nomme pas, mais qui est le principal protagoniste du conflit israélo-palestinien : Israël. L’absence de démocratie, la persécution des minorités religieuses et culturelles, les violations des droits de l’homme, l’homophobie, l’instrumentation du religieux, le non-respect du droit des femmes, etc., tous ces maux n’auraient qu’une seule source : le conflit israélo-palestinien et Israël.

La cause palestinienne mérite mieux que ça et le papier de Colette Braeckman sur le passage au niveau 3 de la menace aurait pu se limiter au concert Boogie-woogie de Renaud Patigny.

Lire l’article du Soir.

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