Yossi Sarid est décédé ce week-end à l’âge de 75 ans. Très proche du CCLJ, habitué à figurer dans les articles de Regards pendant de longues années, l’ancien député et ministre travailliste passé dans le camp du Meretz a fait l’objet d’hommages appuyés de l’ensemble de la classe politique israélienne.
L’unanimisme des déclarations ayant accompagné l’annonce de sa mort lui aurait à n’en point douter déplu. Seulement voilà, la disparition de Yossi Sarid, figure de proue de la gauche israélienne et du camp de la paix, a provoqué un concert de louanges de part et d’autre de l’échiquier politique. Parmi les centaines de personnes qui ont assisté hier à son enterrement, au Kibboutz Givat Hashlosha, figuraient le ministre de l’Intérieur et pilier du Likoud Silvan Shalom, ainsi qu’une pléiade de députés issus des rangs du Parti travailliste, du Meretz, sans oublier la Liste arabe unie.
Les réactions au plus haut sommet de l’échelon politique n’ont, elles non plus, pas tardé. Le Président de l’Etat, Reuven Rivlin, a salué « l’un des plus grands parlementaires et hommes politiques » du pays. « Ce fut un rude adversaire qui défendit ses idées avec acharnement. Si ses critiques furent acerbes et sévères, ses adversaires politiques l’ont toujours considéré avec sérieux et respect, même si leur opinion fut aux antipodes des siennes. Ce fut un homme entier qui aimait la polémique et le débat politique. Homme d’idéologie, il n’épargna personne, mais fut aussi exigeant avec lui-même ».
Le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a estimé pour sa part que « sa voix fut unique dans la vie politique israélienne ». « Yossi Sarid avait un langage vif et acéré dont j’admirais la fidélité à l’idéologie qui l’animait, l’immense culture et l’éloquence hébraïque. Ce fut un député qui sortait du lot et qui tenta de faire au mieux dans les différentes fonctions qu’il occupa ».
Mais c’est sans doute dans les rangs de son propre camp que les témoignages invoquant la modestie, la grandeur morale et l’intégrité de l’ancien ministre de l’Education, ont été les plus appuyés. Lors de son oraison funéraire, l’écrivain Amos Oz a rappelé que Yossi Sarid avait été l’un des premiers à reconnaître que « la politique d’occupation et d’annexion menée par Israël ne pouvait que tourner au désastre, et que les injustices sociales étaient en train de détruire la société israélienne ».
Il est vrai que cette personnalité charismatique ne s’est jamais privée de tendre un miroir peu flatteur à ses compatriotes. Né en 1940 à Rehovot, au sud de Tel-Aviv, Yossi était le fils de Yaakov Sarid, directeur général du ministère de l’Education, et de Doba, enseignante. Connu pour ses talents oratoires, Sarid a été membre de neuf Knesset entre 1974 et 2006. Son parcours débute dans la mouvance du Mapaï, ancêtre du Parti travailliste, lorsqu’il devient conseiller du ministre des Finances, Pinchas Sapir, et du Premier ministre Levi Eshkol, dans les années 1960.
Elu au Parlement israélien en 1974, il fut membre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense. Son premier coup d’éclat politique remonte à 1984. A l’époque, Yossi Sarid est profondément déçu par la décision de l’état-major du Parti travailliste de s’allier avec le Likoud, qui a plongé le pays dans la première guerre du Liban, à laquelle il s’est farouchement opposé. Tournant le dos à une carrière toute tracée d’apparatchik, Sarid rejoint un petit mouvement baptisé Ratz, qui deviendra le futur parti de la gauche radicale Meretz.
Un second moment clé de sa carrière coïncide avec sa participation au gouvernement d’Yitzhak Rabin qui a négocié les accords d’Oslo. Devenu pour la première fois ministre -de la Protection de l’environnement-, il ne ménage pas ses efforts pour jeter les bases d’une paix durable avec la Jordanie et les Palestiniens. En 1996, il prend la tête du parti Meretz, succédant à Shulamit Aloni, avant de rejoindre le gouvernement d’Ehoud Barak en 1999. Ministre de l’Education, il instille dans l’enseignement public israélien les principes du pluralisme et de la coexistence, en introduisant par exemple les textes du poète palestinien Mahmoud Darwish dans le cursus.
Marqué par la dégringolade électorale du Meretz, qui n’obtient plus que six sièges lors des législatives de 2003, il se retire de la vie politique trois ans plus tard. Et se consacre à plein temps à l’écriture, qu’il s’agisse de recueils de poésie ou d’éditoriaux dans les colonnes du quotidien Haaretz, sans oublier ses chroniques radiophoniques sur la radio militaire. Parmi ses chevaux de bataille : les privilèges accordés aux ultra-orthodoxes, qu’il s’agisse des généreuses subventions de l’Etat en faveur des écoles religieuses ou de l’exemption du service militaire. Pour l’actuelle dirigeante du Meretz, Zehava Galon, une chose est certaine, « il s’agit d’une perte énorme pour l’ensemble du pays. Yossi était un enseignant, un phare de la moralité et de responsabilité, un amoureux d’Israël et un modèle de leadership ».
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