L’association qui recueille des témoignages de soldats de Tsahal dans les Territoires a essuyé un tir groupé de critiques. Et ce, alors que fait rage le débat sur le financement étranger des ONG.
Fondée en 2004, Breaking the Silence, une association composée d’anciens soldats de Tsahal, qui témoignent anonymement et documentent des violations des droits des Palestiniens devant les médias ou diplomates étrangers, se retrouve à nouveau dans le viseur des dirigeants israéliens. En l’espace de quelques jours, deux ministres du gouvernement Netanyahou, ainsi que le Premier ministre, sont montés au créneau contre l’ONG. Faisant valoir que Breaking the Silence avait « l’intention de nuire », le ministre de la Défense, Moshe Yaalon (Likoud), a annoncé en début de semaine qu’il interdirait à l’association de pénétrer dans l’enceinte des bases de l’armée israélienne.
De son côté, le ministre de l’Education du parti sioniste religieux Foyer Juif, Naftali Bennett, a ordonné que l’ONG soit bannie des écoles israéliennes, en déclarant : « Il n’est plus possible que des organisations qui incitent à la violence contre les soldats israéliens puissent avoir accès au système éducatif ». Ce tir groupé s’est encore intensifié, mercredi 16 décembre, dans l’hémicycle de la Knesset. Lors d’une séance houleuse, le chef de l’opposition Yitzhak Herzog a en effet demandé au Premier ministre de voler à la rescousse du Président de l’Etat, Reuven Rivlin, qui fait l’objet d’une campagne d’incitation à la haine de la part de militants de la droite extrême. En cause : sa récente participation à une conférence du quotidien de gauche Haaretz à New York, à laquelle était également convié un représentant de Breaking the Silence.
Mais Benjamin Netanyahou, qui a assuré au leader travailliste qu’il était opposé à toute provocation contre le Président, l’a ensuite enjoint de dénoncer l’ONG… Ce qui lui a valu une levée de bois vert. « Qu’a à voir Rivlin avec Breaking the Silence ? » a rétorqué Herzog. « Notre armée est une armée morale. Les ONG font partie d’une démocratie dynamique. Breaking the Silence peut avoir franchi certaines limites, mais nous avons besoin d’écouter ce que ces soldats ont à dire ».
Cette position est toutefois loin de faire l’unanimité au sein de la société israélienne. C’est ainsi qu’un groupe de parents endeuillés a adressé en début de semaine un courrier au Ministre de la Défense pour rendre illégale Breaking the Silence. « Ces derniers jours, il est apparu que des organisations israéliennes, financées par des gouvernements étrangers (…) font tout pour transformer les soldats de Tsahal en criminels de guerre », ont déploré les signataires, parents de sept soldats tombés au front. « Le directeur de Breaking The Silence a indiqué lors d’une interview que l’argent de l’organisation venait de Suisse, du Danemark, de Suède ou des Pays-Bas, et que ces fonds étaient gérés à Ramallah. Cette déclaration devrait ébranler l’Etat d’Israël dans son essence même ».
Depuis le début de la polémique, l’ONG a déclaré qu’elle continuerait à œuvrer « pour préserver l’existence sûre d’Israël, comme démocratie ». N’en déplaise à ses nombreux détracteurs issus d’horizons de tous bords. C’est ainsi que Ben Dror Yemini, l’éditorialiste du quotidien situé à droite Yediot Aharonot, a dénoncé les « mensonges » d’une organisation visant à diaboliser Israël. « Le problème avec cette ONG est qu’au lieu d’adresser des critiques, elle diffuse une propagande digne du Hamas », pointe le journaliste, regrettant notamment les propos d’Eran Efrati, un vétéran de l’organisation, supportant BDS et présentant Israël comme un Etat d’Apartheid.
Peu suspect d’affinité avec le camp de droite, son confrère du Haaretz, Ari Shavit, exprime lui aussi de sérieuses réserves. « En tant que démocrate, je défendrai toujours le droit d’expression », fait-il savoir dans un éditorial publié ce jeudi 17 décembre. « Mais ceux qui « rompent le silence » devraient trouver une façon plus appropriée de le faire ». Et certainement pas devant « des organisations internationales teintées d’antisémitisme et hostiles à Israël ».
Une chose est sûre : le « timing » de la campagne menée contre Breaking the Silence ne doit rien au hasard. Parmi les critiques les plus virulents de l’ONG, figure l’association de droite radicale Im Tirzu, qui diffusait ces derniers jours sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle les activistes de Breaking de Silence étaient présentés comme des « taupes » contrôlées par des pays étrangers. Une rhétorique agressive qui lui a valu de nombreuses critiques. Y compris dans les rangs du Likoud, où l’on défend pourtant un projet de loi visant à qualifier de « taupes » les organisations massivement financées par les pays étrangers… But de la manœuvre : les mettre à l’amende dans le cas où elles entreraient en contact avec le gouvernement ou des représentants de l’armée.
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