Marc Grauwels « J’ai toujours été un homme libre »

C’est à un concert exceptionnel que vous convie le 15 janvier 2016 à 20h « The Astor Klezmer Trio ». Avec la chanteuse violoniste Joëlle Strauss et l’accordéoniste Christophe Delporte, le flûtiste Marc Grauwels revisitera l’histoire du tango, en commençant par le Klezmer, le tango yiddish, et l’incontournable tango de Piazzolla, qui lui a été dédicacé. On ne devient pas par hasard un musicien de renommée internationale.

Son sourire enjôleur laisserait supposer la personnalité d’un vrai gentil, mais Marc Grauwels est une forte tête, il le dit lui-même. « J’ai travaillé très jeune et dans les orchestres, c’est comme une société en miniature, il faut pouvoir se défendre », assure-t-il.

Né à Ostende de parents juifs polonais, « ayant absolument voulu s’intégrer après la guerre » -son père né Angielczyk conservera le nom Grauwels de sa famille d’adoption pendant la guerre-, le jeune Marc fréquentera comme sa sœur Anne l’école du quartier, puis l’Athénée d’Ostende, avec la conscience d’être juif par l’histoire de ses parents, mais aucune véritable transmission de leur part. « Je savais que mon père avait sauté du 20e convoi, juste avant que celui-ci ne soit stoppé à Boortmeerbeek. Ma mère avait, elle, été dans la Résistance polonaise », raconte Marc Grauwels. « Ils se sont rencontrés pendant leurs études à l’ULB pour vivre ensuite à Forest. Mais mon père, médecin, n’avait que des patients juifs qui lui parlaient de la guerre, et il s’est décidé à quitter Bruxelles pour Ostende. Pour le bon air bien sûr, mais aussi pour fuir son passé ».

De son judaïsme, Marc retient les petits foies et les cornichons au fenouil préparés par sa mère. Il grandit dans un milieu intellectuel, juif laïque, qui ne célèbre pas les fêtes juives, mais bien Noël, date anniversaire de son père ! La musique, il la découvrira tout jeune, grâce à un père grand amateur de classique, qui l’emmène aux concerts. « J’ai eu le déclic en assistant à un concert du flûtiste Jean-Pierre Rampal », explique-t-il. Tout aussi féru d’architecture et de construction, il choisira à 18 ans de s’orienter vers la musique, « par goût des voyages », confie celui qui rêve aussi de jouer dans un orchestre et de gagner sa vie.

Sans avoir terminé ses études au Conservatoire de Gand, Marc Grauwels entre à l’Opéra des Flandres, où il restera trois ans, avant de tenter une audition à l’Opéra national de Belgique (La Monnaie), qui l’engage lui aussi.

Des élèves du monde entierPréférant les bonnes choses de la vie aux mondanités, Marc Grauwels joue avec Wim Mertens, il devient première flûte solo à l’Orchestre de la Radio où il restera dix ans. Il rencontre aussi de nombreux grands compositeurs, dont le Grec Yannis Markopoulos ou l’Argentin Astor Piazzolla. « Quand on est actif, on rencontre du monde. Le hasard de toutes ces rencontres peut déterminer la suite de votre parcours ».

Malgré une carrière internationale très riche (à laquelle il consacre six mois de tournées par an) et un premier disque à succès au Japon, où il se rend régulièrement et est devenu le représentant de la marque de flûte Miyazawa, Marc Grauwels ne délaisse pas pour autant la Belgique à laquelle il reste très attaché. Après avoir été assistant au Conservatoire de Bruxelles, il est depuis 1999 professeur à la Haute Ecole de Musique de Mons. Un Master qu’il donne à 18 élèves venus du monde entier… le plus souvent pour lui. « Un vrai challenge qui me permet de côtoyer des musiciens qui me sont envoyés par les meilleurs flûtistes du monde ! », se félicite celui qui reconnait une augmentation du niveau général et une concurrence plus forte aujourd’hui, notamment due à un accès plus large à la culture.

Aujourd’hui papa de deux enfants, Marc Grauwels confie s’être rapproché du judaïsme grâce à sa femme Joëlle Strauss, également musicienne. « Je refuse la peur et je me définis plus volontiers justement comme un Juif polonais », affirme-t-il, veillant aussi à transmettre à ses deux enfants leur identité juive.

S’il a décidé de ne plus jouer dans les orchestres, Marc Grauwels les accompagne en revanche comme soliste, jouant également en duo et dans des ensembles, dont l’Astor Klezmer Trio, multipliant sans cesse les expériences musicales. « J’ai toujours été un homme libre », déclare-t-il. « Il y a des choses que je n’ai pas faites parce que j’ai tendance à dire ce que je pense, et parce qu’il était essentiel pour moi de pouvoir rester moi-même ». Convaincu que la mixité est une richesse, plus craintif face à la montée de l’extrême droite qu’à celle de l’islamisme, c’est en homme libre que Marc Grauwels accompagné de Joëlle Strauss et de Christophe Delporte se produira le 15 janvier prochain au CCLJ. Entre une tournée en Chine, un voyage en Grèce et un concert en Suède.

Infos et réservations : 02/543.02.70 ou info@cclj.be

]]>