Sur ma colline. Rwanda, mais avant ? Et puis après.

Du 9 au 11 mars 2016, le Centre d’éducation à la citoyenneté (CCLJ) propose la pièce Sur ma colline. Rwanda, mais avant ? Et puis après. Rencontre avec Souâd Belhaddad, journaliste, comédienne et écrivaine franco-algérienne, auteure de cette adaptation théâtrale, et Florence Caulier, animatrice socio-culturelle de « La Haine, je dis NON ! ».

Pourquoi vous êtes-vous intéressée au parcours d’Esther Mujawayo ?

Souâd Belhaddad Esther Mujawayo, Tutsi et fille de pasteur, est née au Rwanda en 1958, juste avant la Révlution de 59 qui marque un tournant décisif en ce qui concerne la diffusion de l’idéologie raciste anti-tutsi au Rwanda et la radicalisation de la société rwandaise. Elle a grandi à la campagne dans une famille aimante. Discriminée comme Tutsi, elle a cependant obtenu un diplôme de sociologie en Belgique. Mariée, elle est mère de trois petites filles lorsque survient le génocide. Esther a survécu. Nous avons écrit ensemble deux ouvrages SurVivantes et La Fleur de  Stéphanie, Rwanda entre déni et réconciliation, dont Sur ma colline est l’adaptation théâtrale.

Qu’est-ce qui fait la particularité de son témoignage ?

S.B. Esther est une rescapée du génocide des Tutsi, elle est devenue thérapeute spécialisée en traumatisme. C’est quelqu’un d’exceptionnel, d’incroyablement humain, intelligente et d’une capacité de s’interroger, de remettre en question ses a priori avec une honnêteté rare. Et en même temps, alors que cette femme est si singulière, elle relève pourtant de l’universel dans sa façon de penser le monde. Elle a un sens de la justice qui rassure dans une époque où tout le monde est si facilement blasé… Son parcours m’a intéressée parce qu’il est celui d’une personne, d’une rescapée qui ne revendique pas de parler au nom des autres, mais en revanche qui interpelle sans cesse la conscience. Ajoutez qu’elle est aussi très drôle et joyeuse. Nos moments d’écriture ont été très intenses, poignants, mais si rieurs… Esther, c’est une leçon de vie offerte par quelqu’un qui ne prétend jamais en donner, de leçons !

Quel était votre objectif en programmant cette pièce au CCLJ ?

Florence Caulier Notre objectif premier, à travers la valorisation et l’exploitation du témoignage d’Esther Mujawayo, est de permettre au spectateur d’approcher la réalité rwandaise d’avant 94, afin de comprendre la manière dont, en 35 années, cette société va sombrer dans le racisme et le radicalisme le plus total. Le travail autour d’un témoignage, un récit de vie, permet en outre d’extraire UNE personne du chiffre global effroyable d’un million de victimes.

Le programme des trois jours s’adresse à des publics variés. Pouvez-vous nous le détailler ?

Fl. C. Ce projet s’adresse aussi bien aux jeunes et à leurs enseignants/éducateurs qu’au « grand public ». Nous proposerons trois représentations spécifiquement pour les jeunes des maisons de jeunes bruxelloises et des écoles secondaires de la Fédération Wallonie Bruxelles, et une représentation « tous publics » le vendredi 11 mars à 20h.

Avec le soutien de la Fédération Wallonie Bruxelles.

En bref Esther, Rwandaise, dans sa cuisine à Bruxelles, attend la venue de ses trois filles dont la dernière, Baba, va fêter ses 20 ans le lendemain. « Tu as l’âge du génocide », lui dit sa mère avec douceur. Esther prépare donc un gâteau d’anniversaire… Moment de grande joie pour cette famille qui aime rire et danser. Et bien sûr, intense moment de souvenir et de retour à la vie d’avant le génocide… Et à celle d’après. La vie d’avant, et comment elle nourrit pour tenir après… Ainsi, le temps de la cuisson du gâteau, Esther évoque son enfance à la campagne, les heures de marche pour aller puiser l’eau, se rendre à l’école, la confection de la bière de sorgho, les liens à la famille, aux voisins, les rites qui les unissaient, les indices qui annonçaient le pire… Sur ma colline, entre récit, musique, danse, tragédie et humour, résonne comme une grande leçon d’humanité. Universelle. « Les nôtres qui ont été tués, c’étaient des parents, des frères, des sœurs, des maris… Si cette pièce est jouée, le monde ne gardera pas seulement la mémoire d’eux exterminés à la machette, mais aussi celle de leurs bonheurs, leurs traditions, leur vie d’avant 94. Pour surmonter “l’après” et transmettre cette mémoire aux nouvelles générations, on a besoin de puiser dans cette vie d’avant. Un “avant-vivant”. Pas de Sur-vivant ». Esther Mujawayo, extrait d’interview (2014).
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