Michel Gheude : « La révolution n’est pas finie »

Ecrivain, journaliste, spécialiste des médias, Michel Gheude vient de publier La révolution n’est pas finie (éd. Espace de libertés), un essai original et audacieux dans lequel il plaide en faveur de la démocratisation et la mondialisation culturelles en montrant comment la culture a joué un rôle décisif dans l’espace public démocratique. Il présentera son livre le mercredi 23 mars 2016 à 20h au CCLJ en présence du philosophe Jacques Sojcher.

Le dernier livre de Michel Gheude peut se lire comme une brève histoire mondiale de la culture. En moins de 100 pages, et c’est une véritable prouesse intellectuelle, il nous montre comment la culture au sens large a permis aux hommes de créer, de renforcer et d’élargir un espace public où ils peuvent s’exprimer librement. Et cet espace public constitue le centre névralgique de la démocratie. On pourrait considérer que cette belle aventure démocratique a pris son essor dès la fin du 17e siècle dans les salons d’aristocrates éclairés et surtout dans les sociétés et les cercles savants d’une bourgeoisie souhaitant remettre en cause l’ordre naturel en place. « Les révolutions démocratiques du 18e siècle ont tracé le cercle de l’espace public », explique Michel Gheude. « Elles l’ont protégé par des lois et, à l’abri de ces lois, de multiples institutions publiques et privées y ont développé les outils du débat public et permis la formation et l’expression d’une opinion publique. La révolution a ouvert un espace de liberté sans précédent. Cet espace s’est institué, organisé et développé ».

Le rôle de la culture dans le processus de démocratisation des sociétés est d’autant plus important que celle-ci a aussi une vocation émancipatrice. « Parce que la culture a pour objectif d’élargir le monde humain, elle tend vers l’horizon le plus large », insiste Michel Gheude. Et il ne lui a évidemment pas échappé que la vocation émancipatrice de la culture est inséparable des évolutions technologiques. Les idées révolutionnaires des philosophes des Lumières seraient confinées à l’échelle des salons littéraires si l’imprimerie n’existait pas. Et la diffusion de ces idées n’aurait pas eu le même impact sans l’apparition de la presse écrite et de son développement grâce à l’invention de la rotative et du télégraphe au 19e siècle. A partir du 20e siècle, tout s’accélère et la démocratisation bénéficie de ce coup d’accélérateur impressionnant : grâce aux gramophones et aux disques ensuite, la musique n’était plus l’apanage des salles de concert. Le cinéma, la télévision et la radio ont révolutionné la vie des gens en faisant entrer la culture dans toutes les classes de la société. Ensuite, les cassettes, les CD, les DVD et enfin internet pour parachever cette formidable démocratisation culturelle. « La démocratisation de la culture porte bien son nom », se réjouit Michel Gheude. « Par elle, il ne s’agit pas seulement de donner à tous les moyens d’embellir et d’enrichir sa vie personnelle. (…) Il s’agit, ni plus ni moins, de la mise en œuvre pratique de la démocratie ».

Rock’n’roll et démocratie

On se souvient tous de l’intervention énergique de Serge Gainsbourg sur le plateau de Bernard Pivot lorsqu’il déclara que la variété est un genre mineur en comparaison avec la musique classique. D’une certaine manière, Gainsbourg n’avait pas tort, mais il sous-estimait considérablement la puissance des musiques populaires (variétés, Blues, Rock, Pop, etc.) dans les bouleversements politiques majeurs du 20e siècle. Ainsi, Michel Gheude nous explique bien comment le Rock a participé à l’effondrement des régimes communistes en Europe orientale. « Oui, le Rock’n’roll, culture de la jeunesse, les chansons des Beatles, les hurlements du Hard Rock et les mélodies planantes de Pink Floyd ont défendu les couleurs de la démocratie, sans rien faire de spécial que d’être entendus à Prague, à Varsovie, à Berlin-Est et à Leningrad. Sans rien dire d’autre que des « je t’aime » et des « amours toujours ». Sans vanter d’autres révolutions que celles des amoureux », souligne à juste titre Michel Gheude.

Enfin, et c’est une des originalités les plus étonnantes du livre de Michel Gheude, la démocratisation culturelle se poursuit avec la mondialisation. Hostile à l’exception culturelle qu’il perçoit comme une « préférence nationale appliquée à la culture », Michel Gheude se montre optimiste en décrivant la mondialisation comme un processus qui pousse les individus à adopter une lecture plus ouverte de la culture et des idées. Il cite d’ailleurs Jean-François Revel, pour qui « la mondialisation n’uniformise pas, elle diversifie » ! Voilà pourquoi la révolution n’est pas finie et que la culture nous invite à nous émanciper et à prendre le risque d’un monde plus libre et plus ouvert.

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