Le projet est sur la table depuis quelques années, il est aujourd’hui officiel. L’Ecole David Susskind ouvrira ses portes à la rentrée 2016. Un défi pour le CCLJ qui entend ainsi asseoir l’identité juive laïque au cœur de l’enseignement, grâce à une pédagogie active appliquée au secondaire, misant sur l’ouverture, la curiosité et le sens des responsabilités.
La connaissance rattache les Juifs à leur passé et à leurs racines, ce qui leur permet à la fois de mieux envisager leur avenir et d’adapter ce patrimoine culturel juif au contexte dans lequel ils vivent. Fort de cette conviction, le CCLJ travaille depuis quelques années sur un projet d’école secondaire juive laïque. « Il ne suffit, en effet, pas de s’affirmer comme Juif », insiste Henri Gutman, président du CCLJ. « La connaissance du Livre, de notre histoire, de notre culture et de nos traditions est essentielle à la survie et au développement du judaïsme. L’école Maimonide est hélas en train de s’éteindre et Beth Aviv n’a pas de niveau secondaire. L’antisémitisme produit un afflux nouveau d’enfants vers les écoles juives. L’excellente école Ganenou a atteint la limite de ses capacités. Il y a donc un besoin scolaire nouveau auquel le CCLJ veut répondre avec son positionnement laïque ».
La ministre de l’Enseignement Joëlle Milquet n’a pas hésité longtemps lorsque le président du CCLJ lui a proposé son projet d’école secondaire, il y a quelques mois de cela. Le CCLJ est en effet connu de son département grâce au programme d’éducation à la citoyenneté « La haine je dis NON ! » qui circule depuis plusieurs années dans les écoles de la Fédération Wallonie Bruxelles. Restait à trouver les lieux, le CCLJ étant déjà largement occupé par ses activités. Et c’est dans les locaux de l’ancien Lycée Molière, idéalement situés par sa proximité avec l’Ecole Beth Aviv, à Uccle, que le projet sera concrétisé.
La problématique des places en secondaire reste une réalité à Bruxelles, accrue par un décret « Mixité » qui limite le choix des enfants et des parents à un coefficient. « Nous pouvons bien sûr inscrire nos enfants à l’Athénée Ganenou, qui est d’une qualité incontestable », témoigne une maman qui souhaite rester anonyme, « mais si l’on veut poursuivre dans la pédagogie active tout en restant dans une école juive, nous n’avons aucune possibilité ». Une préoccupation qui n’a pas échappé aux responsables du CCLJ. « Nous avions conscience qu’il n’existe pas suffisamment d’écoles à pédagogie active à Bruxelles », observe Michèle Szwarcburt, administratrice et ancienne présidente du CCLJ. « Et comme beaucoup de parents d’élèves de Beth Aviv souhaitent que leurs enfants puissent poursuivre leur scolarité secondaire dans une école combinant pédagogie active et éducation juive, notre école répond donc à une véritable demande ».
C’est ce qui a séduit la ministre de l’Enseignement, désireuse d’offrir aux élèves une cohérence dans leur parcours scolaire. C’est aussi ce qui a convaincu le CCLJ qu’il était largement temps de se lancer dans cette aventure. « Notre programme des Bnei Mitzva, notre école Shalom Alechem du samedi matin, le programme pédagogique de la JJL et celui de « La Haine je dis NON » nous ont appris l’énorme soif d’apprendre de nombreuses familles juives et non juives », explique Henri Gutman. « Nous touchons déjà un très large public et ne comptons pas restreindre l’accès de notre nouvelle école à la seule jeunesse juive ».
Du côté de la direction, la personnalité de Norbert Cigé a fait l’unanimité. Professeur de langues germaniques, ancien préfet de l’Athénée Ganenou, dont l’expérience n’est plus à démontrer, c’est lui qui ouvrira l’école en septembre et assurera la direction pendant la première année. « Cela me démangeait, c’est un vrai défi à relever », confie le principal intéressé, à la retraite depuis une dizaine d’années. « La philosophie du projet me convient parfaitement, et comme beaucoup, j’appréciais énormément David Susskind. Il y a aujourd’hui à Bruxelles deux écoles juives secondaires, celle-ci se distinguera pas sa façon plus libre-exaministe d’envisager le judaïsme ».
Sans dévoiler le nom de tous les professeurs, on sait déjà aussi que Mireille Dahan, la fille du rabbin libéral Albert Dahan, professeur d’histoire à l’Athénée de Ganshoren, prendra en charge les matières juives. « Il s’agit de la première école juive à pédagogie active », se félicite celle qui ne s’est pas fait prier pour intégrer l’équipe professorale. « Nous avons choisi de nous inspirer des pédagogies Decroly et Freinet, les maitres mots de notre enseignement sont donc : observer, associer, communiquer. Nous organiserons un voyage en Israël, nous irons sur le terrain, nous écrirons une pièce de théâtre. Nous avons également le projet de créer un journal avec les élèves, le premier journal junior juif de Bruxelles ! ».
Mireille Dahan enseignera l’histoire biblique, le judaïsme laïque et l’histoire des Juifs de Bruxelles. Elle ne cache pas son intention de vouloir positionner le nouvel établissement en tête du combat pour obliger le gouvernement belge à intégrer le judaïsme au programme du cours d’histoire, au même titre que l’islam et la chrétienté.
Plus que quelques mois à attendre, et les 18 élèves déjà inscrits feront leur rentrée. Le directeur Norbert Cigé se dit confiant : « En 1984, j’ai créé la section secondaire de l’Athénée Ganenou avec 25 élèves. Quand j’ai pris ma pension en 2005, nous en comptions 300 ! Je souhaite le même succès à l’Ecole David Susskind ».