‘A’ comme… Année du calendrier

Le Nouvel An juif, Rosh Hashana, est célébré le 1er Tichri, premier mois du calendrier juif. Une question se pose d’emblée : pourquoi cette date a-t-elle été retenue alors que le mois de Tichri est en réalité le septième mois de l’année religieuse, cette dernière commençant le 1er Nissan ?

Judaïsme oblige, la réponse est complexe. Selon le Talmud, le calendrier juif compte quatre débuts d’année ! Le 1er Nissan : il marque non seulement le nouvel an religieux, mais aussi celui des rois : c’est à partir de cette date qu’est calculé le nombre d’années de règne de chaque roi d’Israël; le 1er Eloul est la date à laquelle est prélevée la dîme sur le bétail; le 15 Shevat, Tou Bishvat, est la nouvelle année agricole, et enfin, le 1er Tichri correspond à la création de l’homme et marque également le début de l’année civile.

Dans le Talmud, on peut prendre connaissance de la controverse qui divisait les sages au sujet du mois à fixer comme premier mois de l’année civile : les uns affirmaient que c’est au mois de Tichri que fut créé l’homme, c’est donc à cette date que l’année civile doit commencer. Les autres estimaient que ce doit être Nissan, étant le premier mois de l’année religieuse. Si la controverse a été tranchée au profit du mois de Tichri, celui de Nissan demeure néanmoins associé à la sortie d’Egypte, considérée dans la tradition juive comme l’évènement fondateur de la nation juive, et à la célébration de cet évènement, la fête de Pessah.

Ces quatre nouvelles années se chevauchent constamment, un chevauchement qui n’est pas le fruit du hasard. Il correspond au chevauchement de la vie humaine : ses différentes strates se chevauchent et s’emboitent les unes aux autres. Il n’y a donc pas dans le judaïsme une seule date qui correspond au début ou à la fin de toute chose. La vie humaine s’inscrit dans une perspective religieuse, tout en s’inscrivant également dans une perspective économique qui peut être l’année fiscale ou agricole, qui elle-même peut s’emboiter dans une année civile ou politique, etc.

Si l’on célèbre la création de l’homme au moment où l’année civile commence, cela montre que dans le judaïsme, l’homme n’est pas qu’un être vivant dans la nature, mais plutôt un individu évoluant dans une société, un système politique. La question n’est pas de savoir ce que l’homme fait dans la nature, mais plutôt ce qu’il fait dans une société façonnée selon une histoire.

Le décalage entre les quatre nouvelles années est également lié à la problématique des cycles dans le judaïsme. Dans le courant du mois de Nissan, on célèbre la liberté du peuple juif et sept semaines plus tard, Shavouot marque le don de la Loi au pied du mont Sinaï. La liberté acquise et célébrée à Pessah exige un certain temps avant d’être assimilée individuellement et collectivement. C’est à nouveau la raison pour laquelle il existe un décalage entre la sortie d’Egypte et le don de la Torah. Avant d’être capable d’accepter pleinement la Torah, il faut maîtriser la notion de liberté nouvellement acquise.

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