A la (re)découverte de la rue des Rosiers

Des Juifs qui côtoient des gays qui côtoient des touristes qui côtoient eux-mêmes des fashionistas… On dirait le début d’une histoire juive, avec le quartier du Marais pour toile de fond !

Le Pletzl, justement : du monde entier, on vient en respirer le parfum pluriséculaire, manger un falafel, flâner rue des Rosiers. Armés de leurs perches à selfies, les badauds en goguette photographient. Ils postent ensuite leurs plus beaux clichés sur les réseaux sociaux, récoltent des milliers de like et font ainsi revivre le quartier juif historique en lui offrant une existence virtuelle revigorante. Pourtant, et aussi étonnant que cela puisse paraître, il existe peu de travaux photographiques et films récents renseignant sur la vie quotidienne de ce quartier en profonde mutation. Un vide qu’un documentaire réalisé par la photographe Sophie Bramly est en passe de combler. Intitulé L’Extravagante rue des Rosiers, celui-ci raconte l’effervescence d’une rue qui, sur quelques centaines de mètres à peine (303 pour être précis), réussit à faire cohabiter Juifs orthodoxes et laïques convaincus, restaurants branchés et bars LGBT. Pour en savoir plus sur ce projet, nous avons rencontré Sophie Bramly : « A travers ce film, c’est un quartier que j’observe depuis plus de dix ans, une rue qui se transforme et se réinvente sans cesse, que je voudrais montrer. Les marchands d’œufs et de poulets ont disparu depuis longtemps. Les trois librairies de la rue ne sont plus qu’une. La dizaine de bouchers a fondu, ils ne sont plus que trois. La synagogue de la rue des Ecouffes est devenue une pizzeria, laquelle est elle-même devenue un magasin de sacs et cahiers. Le coiffeur qui coupait les cheveux en respectant les rites religieux est devenu une friperie. Les Séfarades qui se sont serrés dans les immeubles où, avant eux, des familles d’Ashkénazes vivaient, laissent désormais place aux Bobos. Malgré l’exode massif, de nouvelles générations arrivent, inventent de nouveaux concepts, s’ingénient à réconcilier leurs traditions avec le monde moderne. Elles ouvrent leurs bras à toutes les différences en trouvant des opportunités partout ».

De la gentrification du quartier au départ des Juifs, Sophie Bramly nous l’assure, elle racontera tout dans son film en cours de montage. Un documentaire qui, plutôt que de passer par le circuit habituel des chaines de télévision, se finance par le biais d’une cagnotte Kiss Kiss Bank Bank (on peut contribuer ici : http://www.kisskissbankbank.com/l-extravagante-rue-des-rosiers). Avantage de la démarche : la liberté qu’elle permet dans le traitement du sujet. Pour l’heure, une bande-annonce qui se partage activement sur Facebook permet de découvrir la tonalité du film à venir. En plus des figures du quartier, plusieurs grands témoins viendront apporter leurs éclairages historiques, cultuels et culturels sur la rue des Rosiers. Parmi eux, un visage bien connu de la communauté, le rabbin Delphine Horvilleur. A suivre !

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