A. Lieberman : il est de retour et il veut se venger !

La justice israélienne a tranché : trois juges ont acquitté Avigdor Lieberman de toutes les charges qui pesaient contre lui. Une nouvelle page s’ouvre pour le chef d’Israël Beteinu, placée sous le signe de la revanche

Innocent. Qu’on se le dise, depuis ce 6 novembre, A Lieberman est innocent des accusations portées contre lui en 2009 : corruption, fraude, blanchiment d’argent, subornation de témoins…

Tout comme de celles qui ont entraîné sa démission de son poste de Ministre des Affaires Etrangères en décembre 2012 : abus de confiance et fraude. Aux yeux de la justice, il est plus blanc que l’agneau qui vient de naître. Et en a été immédiatement récompensé.

Suivant un accord conclu entre le Likoud et Israël Beteinu avant les législatives de janvier 2013, le 1er Ministre Netanyahu a immédiatement proposé au Parlement israélien de le nommer à son ancien poste. La Knesset a approuvé ce 11 novembre par 62 voix contre 17.

Pour beaucoup, cette nouvelle ressemble à la bande-annonce d’un film d’horreur : «Il est de retour et il veut se venger !» De fait, le président du parti russophone  a nombre de comptes à régler.

D’abord avec les ultra-orthodoxes, ennemis jurés de cet ultra laïc. Ils peuvent s’attendre à le voir  pousser de toutes ses forces à l’enrôlement de leurs étudiants à l’armée et réclamer de lourdes sanctions contre les fraudeurs.

Il appuiera aussi toutes les mesures qui tendent à limiter l’influence des religieux sur la société israélienne: mariage civil, facilités de conversion, réforme du Grand Rabbinat… Ce qui ne l’empêchera pas de se payer, s’il le peut, Yesh Atid qui les a pourtant proposées.

C’est que, estime A. Lieberman, le parti de Yaïr Lapid lui a volé une bonne partie de son propre programme…. Dans son collimateur encore, les députes arabes israéliens, qu’il considère comme des corps étrangers et des traîtres.

On peut donc compter sur lui pour que soit adopté le nouveau projet de réforme électorale. Celui-ci fait, entre autres, passer de 2 à 4% le nombre d’électeurs nécessaires pour avoir des élus. Et comme les trois partis arabes* sont en dessous de ce chiffre…

Lieberman va également tout faire pour contrer Tzipi Livni (Hatnuah). Parce qu’il se méfie des partis centristes, trop mous à ses yeux. Mais surtout pour ralentir ou interrompre les négociations israélo-palestiniennes dont il est un farouche adversaire.

Mais la principale cible de son courroux sera sans doute le 1er Ministre lui-même. B. Netanyahou qui l’a systématiquement court-circuité lors de son mandat précédent. Netanyahu qui se distanciait de chacun de ses propos.

Netanyahu qui l’humiliait avec régularité en rappelant sans cesse que «seul le Premier ministre est habilité à exprimer la position du gouvernement ». Il est vrai que même le très droitier chef du Likoud ne pouvait assumer les propos de son ministre.

 Lequel s’époumonait en déclarations comme « Qu’attendons-nous pour noyer les prisonniers politiques palestiniens dans la Mer morte ? » Ou encore : « Exécutons les députés palestiniens qui sont en contact avec le Hamas »

A cet égard, il faudra lire avec attention les résolutions du prochain congrès d’Israël Beiteinou, ce 24?novembre. Car A. Lieberman pourrait être tenté de briser l’alliance électorale de son parti avec le Likoud qu’il a signée l’an passé.

D’un point de vue électoral, elle n’a vraiment pas payé : le « Likoud-Beteinu » a perdu 12 sièges. Et, solidarité électorale oblige, le parti de Lieberman est devenu quasi inaudible. Une rupture lui rendrait à la fois son identité et sa liberté de parole.

De son coté, le 1er Ministre ferait meilleure figure au niveau international sans traîner un tel boulet. Même tenu en laisse courte, le chef d’Israël Beteinu a accumulé les désastres durant son 1er mandat aux A.E.  

Durant son passage, il s’est disputé avec tous ses interlocuteurs, depuis les ambassadeurs israélien jusqu’aux Etats-Unis en passant par la Russie, la Chine, la France (il était d’ailleurs « persona non grata » dans les principaux pays européens)

Sans parler de ses insultes aux voisins arabes en paix avec Israël (Egypte, Jordanie) ses propos incendiaires contre la Turquie ou le fait que, sous son règne, sept des plus importants pays d’Amérique latine ont basculé du côté palestinien, on en passe et des pires.

Mais malgré tout, B. Netanyahu pourrait lui proposer un de ces pactes faustiens dont il a le secret : il s’agirait non plus de dissoudre l’alliance Likoud-Israël Beteinu mais au contraire de la renforcer en fusionnant les deux partis !

Car, selon les observateurs, le 1er Ministre aurait ce projet d’installer le Likoud au pouvoir pour de longues décennies. La trentaine de députés de l’alliance actuelle serait une bonne base de départ.

Et B. Netanyahou peut aussi espérer en la déliquescence du parti ultra-orthodoxe sépharade Shass. Son chef spirituel, Ovadia Yossef vient de mourir et aucun de ses successeurs potentiels n’a, même de loin son prestige.  

En plus, le Shass, à présent dans l’opposition, a beaucoup moins d’argent à distribuer à ses électeurs.  Les Sépharades non-haredi pourraient donc être tentés par un retour au Likoud qu’ils ont longtemps soutenu.

Avec leurs voix, le « Likoud Beteinu » se trouverait autour des 40 sièges. Un chiffre à peu près équivalent a permis à la gauche de gouverner Israël durant 30 ans…  On voit donc bien l’intérêt de la manœuvre pour le 1er Ministre.

Mais pour Lieberman ? Simple : B. Netanyahou lui laisserait le nouveau parti en héritage à la fin de l’actuelle législature, en 2017. Ou même après la suivante. Pourquoi pas ? En 2021, A. Lieberman n’aura que 62 ans…   

Tout cela, bien sûr, au nom des intérêts supérieurs de l’Etat d’Israël. Ne se confondent-ils pas avec ceux de ses plus éminents politiciens ?

*En janvier 2013, la Liste arabe unie (religieux) avait obtenu  3,65% des voix. Hadash (communiste), 3% et   Balad (laïc) 2, 56. 

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