En définitive, l’actuel Ministre des Affaires étrangères est tout à fait en situation. C’est l’homme idéal pour mener une diplomatie qui n’écoute personne et répond n’importe quoi.
Quand Avigdor Lieberman s’exprime (en théorie, au nom d’Israël ), on entend des propos de ce genre : « L’Europe regarde avec sérénité la perspective de la destruction de l’Etat juif »… ou « On croirait que les délégués à l’ONU sont tous membres du Fatah »…
Encore une petite louche ? Les ministres européens se sont déclarés « consternés et fermement opposés aux projets israéliens d’extension des colonies ». Pour A. Lieberman, cela signifie que « l’Union européenne est hostile aux Juifs ».
Pire : qu’elle mène une politique semblable à celle des années 1930 et 40 : « On a déjà connu cela (…) lorsque l’Europe savait ce qui se passait dans les camps de concentration et n’a pas agi ».
Quel rapport ? En fait, c’était une allusion au silence -supposé- de l’UE devant les propos incendiaires* de Khaled Mechaal, le chef du Hamas. Après quoi, le ministre a enchaîné avec sa cohérence coutumière : « L’Europe s’est donnée une gifle à elle-même. Lorsqu’on sacrifie les Juifs, il faut se demander qui sera le suivant. A Toulouse, le terroriste qui a assassiné des enfants juifs avait également tué auparavant des soldats français ».
Conclusion : le terrorisme « s’attaque aux Juifs, mais il s’en prend à tous les pays et valeurs occidentaux. Israël n’est qu’un hors d’œuvre ». Même Silvio Berlusconi dans ses grands jours ne s’autorisait pas un tel gloupi-boulga.
On voit par là à quel point le temps a passé depuis que le sénateur américain, Frederick A. Sawyer (1822-1891), affirmait en souriant : « Un diplomate, c’est quelqu’un qui réfléchit à deux fois avant de ne rien dire ».
Avec l’actuel ministre israélien des A.E., c’est plutôt : on parle d’abord et on ne réfléchit pas ensuite. Déjà, il y a cette détestable manie qu’a M. Lieberman de banaliser à tout bout de champ le nazisme et la Shoah.
Plus cette tendance à assimiler toute critique de la politique israélienne à de l’antisémitisme. Sans oublier son goût pour les amalgames : M. Lieberman prétend que « de nombreux ministres européens ignorent tout simplement la réalité ».
Croit-il les informer en les insultant et en multipliant les simplifications abusives ? Les actes terroristes du Hamas sont odieux et condamnés comme tels par l’Europe. Mais ils ne visent pas le Vieux Continent. Simplement parce que le Hamas est la branche palestinienne des Frères musulmans.
Et que ceux-ci sont, en quasi-totalité, opposés à la « guerre contre l’Occident » menée, entre autres, par Al Quaïda. Simple réalisme : pour un bon moment encore, les Frères ont assez à faire avec leur ambition d’établir un Califat musulman sur l’ensemble du monde arabe…
Mais le discours d’A. Lieberman avait-il vraiment pour but de dialoguer -voire de convaincre- les Etats étrangers ? N’était-il pas plutôt à destination intérieure ? Israël est en campagne électorale et il convient de rappeler aux électeurs qui est le vrai « dur » de la classe politique.
Bien sûr, cela va détériorer un peu plus l’image de l’Etat juif, mais pas tant que cela. Depuis longtemps, il n’y a plus grand monde, en Europe ou ailleurs, qui prête attention à ce que raconte Avigdor Lieberman.
* Ce 8 décembre, à Gaza, Khaled Mechaal déclarait : « La Palestine est à nous, de la rivière (le Jourdain) à la mer (Méditerranée). Israël n’a aucune légitimité et n’en aura jamais ».
]]>