A Tel-Aviv, un café à prix unique surfe sur la vague des Indignés

Révélée voilà deux ans, la paupérisation des classes moyennes reste d’actualité. Depuis quelques jours, Tel-Aviv compte une nouvelle chaîne de distribution au concept banal, mais qui fait d’ores et déjà un tabac. La nouvelle s’est d’ailleurs répandue comme une trainée de poudre. 

Cofix, c’est son nom, propose une formule de restauration à emporter -sans tables ni serveurs- à prix unique : café, jus d’orange ou de carotte pressée, pâtisserie ou sandwich, chaque article de la carte est proposé au tarif modique de 5 shekels (un peu moins de 1 €). Un prix d’appel qui n’a pas manqué de séduire les jeunes urbains. L’ouverture le lundi 30 septembre dernier du premier magasin Cofix, niché à quelques encablures de la mairie, a ainsi provoqué des files d’attente monstre.

« On a assisté début septembre à des scènes de cohue pour se procurer les masques à gaz au moment des bruits de bottes sur la Syrie, il a fallu faire la queue pour vacciner nos enfants suite à la campagne liée à la résurgence de la polio, et l’on se retrouve maintenant à attendre son tour pour se sustenter à un prix normal », plaisante un badaud. Plus sérieusement, tout porte à croire que le succès annoncé de Cofix se nourrit d’une tendance de fond. Deux ans après la révolte des Indignés, qui ont été près de 400.000 à défiler dans les rues des villes israéliennes pour protester contre la vie chère et demander la justice sociale, la situation des classes moyennes reste tendue.

Certes le prix du « Cottage Cheese », point de départ de la contestation, a connu une légère baisse, mais dans l’ensemble, le pays n’a pas véritablement connu une diminution sensible du coût de la vie. L’accès aux logements abordables reste difficile et il faut désormais aligner en moyenne 135 mois de salaire pour acquérir un bien immobilier, contre 131 en 2011. De sorte que seuls 26% des

Juifs israéliens considéraient que le mouvement des Indignés les a aidés de façon significative, selon un récent sondage.

L’alimentaire, trop cher ?

Un tableau qui a incité l’entrepreneur Avi Katz à s’engouffrer dans la brèche. Cet homme d’affaires qui a créé voilà près de 18 ans le groupe de distribution Bee Retail, propriétaire de la franchise des « One Dollar stores » (basée sur le même concept), n’a pas hésité à investir 5 millions de shekels pour lancer les trois premiers Cofix (à Tel-Aviv). Et à afficher ses ambitions : déployer l’enseigne à 300 exemplaires dans les trois prochaines années… « Les actifs israéliens considèrent à juste titre que le coût de la vie au augmenté de façon excessive », fait-il valoir. « Dans le domaine de la mode ou de l’informatique, les prix ne cessent de diminuer, pourquoi pas dans l’alimentaire ? Parce qu’une partie de l’industrie alimentaire est contrôlée par les cartels, tandis que l’autre est sous le joug des centres commerciaux. Un petit nombre de distributeurs dictent les prix et le consommateur paye ici tout plus cher, sans raison ».

En attendant que les choses évoluent, les visiteurs du magasin de la rue Ibn Gvirol n’ont pas boudé leur plaisir. A l’heure où la majorité des Israéliens se plaignent de ne pouvoir joindre les deux bouts avec deux salaires, Cofix a drainé un vaste public venu de tous les coins de la capitale économique, y compris des employés du high-tech, pourtant considérés comme les mieux lotis du pays…

Reste que la formule a aussi ses détracteurs. Selon l’open blog israélien Slow, la nouvelle enseigne devrait directement concurrencer les kiosques à prix doux de la cité balnéaire. Tandis que les propriétaires du concept Cofix auraient l’intention d’exiger un apport variant de 100.000 à 200.000 shekels (soit deux fois les coûts de lancement) à leurs futurs franchisés. De quoi refroidir les ardeurs de plus d’un indigné…

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