A un ami médecin

Naître ou ne pas naître Juif, n’est pas une question,
L’assumer est une raison,
Ne pas l’enterrer, mais le vivre : une passion,
Le dire n’est pas agression
Surtout pas de pitié ni de compassion !
Au secours ! Docteur, je victimise !

Transmettre une blessure n’est pas danger,
Si on tire les leçons du passé,
« Eh toi ! En deux phrases, peux-tu le judaïsme résumer ? »,
demanda un passant au Rabbin Hillel, pour se moquer,
« Aime ton prochain comme toi-même ! Le reste n’est
que commentaires que dans les livres, tu peux étudier »,
Surtout pas de compassion ni de pitié !
Au secours ! Docteur, je victimise !

Quelle leçon de modestie !
Quel amour de la Vie !
Mais il faudra parler de la Shoah,
de l’Ex-Yougoslavie,
du Rwanda !
pour lutter contre l’infamie,
pour combattre l’ignominie,
Surtout pas de pitié ni de merci,
Au secours ! Docteur, je victimise !

La dialectique, méthode juive, Oh, combien millénaire,
éclaire notre Histoire de ses luminaires,
Maïmonide, Freud ou Marx, hérétiques ou visionnaires,
leurs erreurs et innovations se lovent dans les bréviaires,
Vive la Révolution, la psychanalyse, en avant les volontaires !
Au secours, Docteur, je victimise !
Juif ou Goy, quelle importance ?
Accepter de l’entendre, c’est tolérance,
La valeur de l’être n’est pas fonction de sa différence,
Mais de l’échange naît la reconnaissance,
Surtout pas de pitié ni de condescendance !
Au secours ! Docteur, je victimise !

Là-dessus, avec toute mon amitié,
Je vous tire ma révérence,
Je vous fais un grand pied de nez,
pour rire et partager,
Pardonnez mon impertinence,
Docteur, je victimise !

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