Le groupe israélien qui chante en arabe yéménite lance cette semaine son premier album en Europe et se produira le 14 juillet 2016 à Anvers !
« A-Wa ». Un mot arabe (signifiant « Oui ! » et se pronoçant Ay-Wah) composé de trois lettres, comme le trio de brunettes qui forment ce groupe israélien : à savoir les sœurs Tair (31 ans), Liron (29) et Tagel Haim (25). Une formation musicale dont le succès ne fait que croître. Chantant entièrement en arabe yéménite, les A-Wa qui portent sur scène des baskets et des robes à broderies traditionnelles rose fluo ont d’abord séduit leurs compatriotes, juifs et non juifs, avec leur single « Habib Galbi » (comprendre : amour de mon cœur), avant de conquérir sur Youtube (3 millions de vues) les internautes du monde entier, y compris ceux des pays arabes musulmans.
Signe qui ne trompe pas : le lancement de leur premier album, dont le public israélien a déjà eu la primeur depuis l’été dernier, est prévu cette semaine en Europe, où les trois sœurs se produiront notamment ce jeudi 27 mai à Paris et le 14 juillet à Anvers*. A quoi tient cet engouement ? A en croire les trois sœurs qui ont grandi dans un moshav du désert d’Arava, avant de s’installer en banlieue de Tel-Aviv, c’est la première fois qu’une chanson en arabe plait aussi bien au public de la chaîne israélienne grand public Galgalatz qu’aux auditeurs de la station des Arabes israéliens, Reshet dalet.
Quant à la réaction du monde arabe musulman, c’est aussi un phénomène hors normes. « Une partie des trois millions de vues sur Youtube récoltées par le clip de Habib Galbi provient de pays comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite, le Pakistan et l’Afghanistan, sans oublier le Yémen. Ce qui a poussé Al Jazeera à nous consacrer un sujet. C’est peut-être le signe que les musulmans sont fiers de l’héritage de leurs frères juifs, et que la musique a le pouvoir de réunir », expliquent-elles.
Pour le reste, les sœurs Haim ont puisé dans leurs racines familiales, en alliant tradition et modernité. Leurs grands-parents paternels ont immigré en 1949 du Yemen, dans le cadre de l’opération « Tapis volant », qui a transporté plus de 50.000 Juifs via un pont aérien. C’est dans leur maison à Gadera (dans le Sud d’Israël), que les trois jeunes filles ont fait la connaissance des chants ancestraux yéménites. Des chansons populaires laïques interprétées par les femmes du Yémen, dans le cadre d’une tradition orale passant de génération en génération.
Poussées par le musicien et producteur Tomer Yosef, elles ont revisité cet héritage avec des rythmes hip hop et de la musique électronique. Car si A-Wa perpétue le travail musical des chanteuses Ofra Haza et Shoshana Damari, deux grandes voix israéliennes ayant relayé leurs origines yéménites, le trio avance d’autres références. Comme la troupe de danse et de théâtre Inbal, fondée dès 1949 par Sara Levi Tanai (d’origine yéménite), qui a effectué un travail pionnier pour explorer ses racines, en associant le folklore yéménite à la culture israélienne.
A l’instar d’A-Wa, de nombreux chanteurs israéliens ont actuellement tendance à effectuer un retour aux sources, en chantant en amharique, en irakien ou en perse, dans la langue de leurs grands-parents. « Les jeunes artistes de notre génération sont très curieux de leur identité, comme le montre le parcours de chanteurs comme Dudu Tassa (d’ascendance irakienne) ou Ester Rada (éthiopienne) », soulignent les trois complices.
L’autre originalité tient à la dimension féminine du projet. Car A-Wa est assurément une entreprise de femmes…ouvertes sur le monde. Ainsi que le montre le clip « Habib Galbi », tourné en plein désert, à Neot Smadar, à la pointe sud d’Israël, où elles dansent le hip hop avec des partenaires masculins. Dans un univers haut en couleur, kitsch, mais fascinant.
*Plus d’infos : www.a-wamusic.com/
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