Abattage rituel : la guerre des tranchées recommence

Ce 19 avril, la Commission de l’Environnement du Parlement européen a adopté un amendement imposant l’étiquetage des viandes abattues rituellement. Ah tiens ? Et c’est bon pour les Juifs, ça ?

Ah, l’abattage rituel (soupir). Encore un de ces conflits qui semblent ne jamais prendre fin. Durant des années, le front est calme et puis, boum ! Ca repart comme en 14. Cette fois donc, avec l’étiquetage précisant si une viande est issue d’une bête étourdie ou non. Là, les défenseurs des animaux ont gagné une bataille contre les partisans des traditions  religieuses. Une bataille, pas la guerre…

Car celle-ci porte sur le degré de souffrance tolérable quand on abat un animal pour manger sa chair. En fait, quasi toutes les législations des pays européens sont d’accord : la bête ne doit pas souffrir. Soit on la tue instantanément soit on l’étourdit (généralement avec un outil électrique) avant.

Alors ? Alors, ces lois s’accompagnent le plus souvent une dérogation pour raisons religieuses. C’est que, pour qu’une viande soit « pure » (cachère, hallal)  tant la foi juive que musulmane imposent que la bête soit vidée de son sang. Et elle doit être consciente au moment où le sacrificateur lui tranche la gorge (v. plus bas)

C’est cette dérogation que les associations de défense des animaux voudraient supprimer au niveau européen comme elles y sont déjà parvenues dans plusieurs pays : l’abattage rituel a déjà  interdit en Suisse, en Suède,  en Norvège, en Lettonie.

Le souci, c’est l’intervention de protagonistes qui n’ont pas seulement à cœur le bien-être animal. Ainsi, l’abattage rituel est-il devenu un enjeu supplémentaire dans les affrontements, plus ou moins feutrés, entre laïcs et religieux.

Mais surtout il s’est transformé en une machine de guerre utilisée par l’extrême-droite et la droite populiste contre  les immigrés musulmans, avec les religieux juifs comme  « victimes collatérales ».  (De fait, en 2010, les animaux tués selon le rituel juif représentaient moins d’1% de l’ensemble de l’abattage rituel en Belgique) 

Soit dit en passant, ce combat des extrémistes montre ce qu’il en est vraiment de « l’amitié » qu’ils  professent, soi-disant, pour les Juifs et surtout pour Israël. Elle ne pèse pas lourd face à leur désir  de stigmatiser les musulmans.

Tout le monde mange cachère

A ces affrontements idéologiques s’ajoute aussi une dimension économique non négligeable.  Car, même si l’animal est abattu selon le rituel,  de nombreux morceaux de sa chair sont tout de même déclarés impurs et partent dans les circuits traditionnels.

Le consommateur « normal »  -entendez, non pratiquant-  se retrouve donc, sans le savoir, avec de la viande issue d’animaux abattus de façon rituelle dans son assiette. Une ignorance qui devrait prendre fin avec le nouvel amendement : dorénavant,  l’étiquetage devrait indiquer, le cas échéant, «abattu sans étourdissement ».

Ce qui risque de rebuter les consommateurs et donc d’inciter  les industriels de la viande à renoncer aux abattages rituels. Ceci dit, tout n’est pas encore joué : l’amendement doit encore subir une seconde lecture en Commission avant d’être soumis au vote du Parlement européen en juillet de cette année…

Le débat est donc loin d’être clos, ce qui n’est pas plus mal, surtout pour ceux qui n’ont pas encore d’avis tranché sur la question : qu’est ce qui est le plus important,  le droit des non-laïcs  à suivre leurs règles ou celui des animaux à mourir sans souffrances ? Et vous, qu’en pensez-vous ?

O.W.

L’abattage, comme si vous y étiez
 

Selon les textes sacrés juifs ou musulmans, la position de Dieu est très claire :

Vous ne mangerez de sang d’aucune chair car la vie de toute chair, c’est son sang et quiconque en mangera sera supprimé. (Lévitique 17,14)

-Il vous est interdit de manger les animaux morts, le sang, la chair du porc, et tout animal sur lequel on aura invoqué un autre nom que celui de Dieu.(Coran, sourate 2 – verset 173)

Si on entre dans les détails pratiques de la « shrita »  (l’abattage rituel juif),  l’animal est immobilisé, tête vers le haut, le sacrificateur lui tranche la gorge et la bête meurt en se vidant de son sang.

Même topo chez les musulmans, sauf qu’en plus l’animal doit être tourné vers la Mecque et que le sacrificateur doit dire : « Au nom de Dieu » (« Bismillah ») avant de le tuer

Par ailleurs chez les juifs, le dos, les côtés, les cuisses et toutes les parties en liaison avec le nerf sciatique sont considérées de toute façon, comme « tréifè », impurs. Une vérification des organes, notamment des poumons, est aussi effectuée et en cas de défaut, c’est toute la bête qui est rejetée.  

A noter aussi que, si elle admet que l’ont tue pour manger, la Torah insiste pour que soit respectée la dignité des animaux et qu’on limite au maximum leurs souffrances. Selon certaines interprétations, cela signifierait qu’en théorie, rien n’empêcherait d’utiliser l’étourdissement préalable.

L’animal étant  juste assommé, son cœur continuerait à battre et il se viderait donc de son sang de la même façon que s’il était conscient. Mais nos rabbins sont souvent conservateurs, c’est leur moindre défaut…

 

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