Les « incidents antisémites violents » (violences avec ou sans armes, vandalisme, etc.) ont été moins nombreux l’an passé qu’il y a deux ans. De là à dire que tout va bien, il y a une marge.
Selon le très sérieux Centre Kantor de l’Université de Tel-Aviv*, le nombre d’incidents antisémites violents a diminué de 27% dans le monde par rapport à 2010 : de 614 en 2010 à 466 en 2011.
Des incidents qui comprennent les attaques contre les personnes (42%), celles de synagogues (20%), de cimetières et de mémoriaux (14%) ou d’écoles et de centres communautaires (6%). Le vandalisme intervient dans 57% des cas. Les violences sans arme dans 20% (avec armes : 5%), les menaces représentent 17% des incidents et les incendies 1%.
Bien sûr, ces chiffres mondiaux ne font guère sens. Le terrible massacre de Toulouse ne dit rien sur l’état de l’antisémitisme au Venezuela, par exemple. Mais c’est une tendance et on ne va pas se plaindre qu’elle soit bonne.
Qu’en est-il en Europe ? Les chiffres de la France et de la Grande-Bretagne, qui comptent les plus importantes communautés juives du Vieux continent, sont impressionnants. Certes, là aussi, les chiffres sont en baisse : de 134 à 114 en France et de 144 à 105 en Angleterre.
Mais à eux deux, ces pays ont enregistré 49% des incidents antisémites dans le monde (25,56% pour la seule France)… Ailleurs, dans la plupart des pays d’Europe orientale, le nombre d’incidents est resté faible et stable (15 en Russie, 16 en Ukraine, 6 en Lituanie, etc.)
Même stabilité chez nous, en Belgique. Il est vrai que, contrairement à certains sites juifs, le Centre Kantor n’inclut pas parmi les « actes antisémites violents » les graffitis dans les toilettes. Ou les discours de JCall.
A noter, une espèce de bonne nouvelle : il n’y a plus lieu de craindre l’importation du conflit israélo-palestinien en Europe. Malheureusement, c’est parce qu’il est bel et bien là. Pour le Centre, en effet, cette baisse de la violence est directement liée à ce qui se passe là-bas.
2011 a été une année de calme relatif entre Israéliens et Palestiniens, en opposition à « l’Opération Plomb Durci » de 2009 et la flottille pour Gaza de 2010. A l’inverse, le Centre estime qu’un conflit avec l’Iran susciterait une vague de violence antisémite dans le monde.
Est-ce à dire que les violences antisémites sont le fait des seuls musulmans ? Pour les chercheurs du Centre, il y a une inconstatable radicalisation de leurs jeunes, surtout ceux issus de familles immigrées.
Mais ils notent aussi une nette hausse de l’hostilité brutale des militants d’extrême droite « boostés » par la crise et les défis du multiculturalisme. A leurs yeux, ce sont toujours les Juifs et leur complot mondial qui sont responsables des problèmes économiques actuels.
Le Centre pointe aussi l’importance d’Internet chez les uns et chez les autres : les réseaux sociaux notamment ont permis une libération de la haine antisémite et la diffusion de messages haineux incitant à passer à la violence.
D’autre part, s’il convient en général d’établir une différence entre l’anti-israélisme et l’antisémitisme, cette distinction n’a pas lieu d’être pour ceux qui se livrent à des actes violents.
Pour ceux-là, note le Centre, il n’existe aucune différence entre Juif et Israéliens ni d’ailleurs entre Juifs sionistes ou non sionistes. De tout cela, une des leçons est certainement que les communautés juives ne peuvent se permettre de baisser leur garde.
Une autre n’est-elle pas que les Juifs de Diaspora doivent plus que jamais lutter pour la paix au Moyen Orient ?
*The Kantor Center for the Study of Contemporary European Jewry (Centre Kantor pour l’étude du judaïsme contemporain)
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