Adam Amir, l’identité en marche

De la yeshiva au Cercle du Libre examen, il n’y a finalement que quelques pas… qu’Adam Amir, 29 ans, a eu l’audace de franchir, non sans réflexion. En gardant le meilleur d’un parcours riche en rebondissements et en expériences. Portrait d’une sacrée personnalité.

Adam Amir est né en Israël de parents juifs français, non religieux. « Mais c’est mon beau-père, non juif, qui m’a élevé », souligne d’emblée le jeune homme qui passera son enfance balloté entre l’Espagne, le Mexique, Cuba et la France. Scolarisé dans des écoles internationales en espagnol et en anglais, sans lien avec la communauté juive, à l’exception de quelques voyages en Israël, Adam s’identifie pourtant aux Juifs dès son retour à Paris. A 12 ans, il décide de faire sa bar-mitzva en Israël et suit son grand-père dans sa passion du judaïsme et de ses textes. « A 13 ans, mes parents ont emménagé à Bruxelles et j’ai demandé pour rester vivre en Israël », confie celui qui se rapprochera rapidement du hassidisme, malgré la méfiance de son grand-père à l’égard de ceux qu’il appelle les « Men in Black ».

Alors qu’il se contentait de quelques visites à la synagogue, Adam Amir entre au mouvement de jeunesse Ezra (sioniste religieux). Il entame alors un oulpan d’hébreu pour intégrer l’école publique religieuse, qu’il délaissera ensuite pour un lycée yeshivatique, lui permettant  de combiner études religieuses et bac. « Sans être habillé comme tel, j’étais déjà Loubavitch dans ma tête, tous les professeurs haredi m’avaient d’ailleurs pris sous leur aile », se souvient celui qui rêve à l’époque d’entrer dans une vraie yeshiva.

Adam est pris en charge par une famille d’intellectuels Loubavitch et plonge dans un monde qui l’enchante, répondant à sa quête d’absolu et de cadre disciplinaire. En internat la semaine, les week-ends et les vacances chez son grand-père, il accepte les compromis, se voyant bientôt autonome. Il suit quatre années d’études dans les yeshivot de Lod et de Kfar Chabad, avant de partir un an à Détroit, temple du courant non messianique, puis une autre année à Morristown (Rabbinical College of America, New Jersey). Adam a ajouté le yiddish aux langues qu’il maitrisait déjà.

Mais à son retour à New York, après une année de mission en communauté à Budapest, les questions le taraudent. « J’estimais avoir fait le tour », raconte-t-il. « Même si je m’étais réellement épanoui dans cette communauté, en construisant des liens et des réseaux incroyables, je sentais un décalage entre ce formatage qui exigeait un conformisme total, et la curiosité qui continuait de m’animer ».

La yeshiva laïque

Adam passe le Bac qu’il n’a jamais eu pour s’inscrire à la Yeshiva University de Manhattan, qui prône l’excellence des sciences juives autant que profanes, rejoignant la tendance moderne orthodoxe de ses grands-parents. Mais le coût des études l’en dissuade finalement et le jeune homme rentre en Belgique. Il devra obtenir son jury central pour entrer à l’Université libre de Bruxelles…

Aujourd’hui en 2e année de Sciences po, Adam voit son identité comme multiple, sans cesse redéfinissable, comprenant la pratique des traditions, en dehors de la religion. S’il a conservé des relations fortes avec les membres des yeshivot qu’il a fréquentées, il s’est investi sur d’autres terrains, notamment au Cercle du Libre examen (Librex) qu’il préside depuis juin 2016, avec des projets qui se concentrent sur les droits de l’homme et s’inscrivent dans la lignée des combats sociétaux d’avant-garde, comme ceux menés par Roger Lallemand, ancien président qui vient de décéder. « Le Librex a une histoire de militantisme actif, contre le fascisme et le cléricalisme, toujours à la pointe dans l’élargissement des droits et des libertés. J’ai proposé d’étudier cette histoire ensemble, en partant de textes sur le libre examen et en les discutant, à la façon d’une yeshiva laïque. Ce projet qui me tenait à cœur a été accepté avec enthousiasme », se réjouit-il.

Formé à questionner les choses, à ne rien prendre pour acquis, Adam souligne : « La conscience nous oblige à rechercher une vérité qui ne soit pas encadrée par une autorité religieuse ou extérieure. Chacun doit être libre de trouver sa propre voie, sans référence à un groupe ou une révélation. C’est pour moi l’un des principaux enseignements du judaïsme ». Ce type d’approche -la réflexion par l’étude des textes-, Adam essaie également de le développer dans le cadre de la « Moishe House », organisation internationale qui compte 93 maisons dans le monde et dont il a lancé une antenne à Bruxelles il y a un peu plus d’un an. « Les textes appartiennent à tous, pas seulement aux religieux », estime-t-il. « Si l’on se dit juif, et même juif laïque, on ne peut les écarter. A nous de nous les réapproprier. Le dialogue est nécessaire entre les religieux et les laïques qui en sont capables. Il ne faut dès lors surtout pas perdre cette sensibilité aux références historiques et textuelles qui ont façonné notre identité. Qu’on le veuille ou non, les Juifs laïques sont aussi le fruit du judaïsme rabbinique ».

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Mercredi 16 novembre 2016 à 19h 

Conférence / Débat « Où situer la limite entre humour et racisme ? », organisée par l’Union des Etudiants Juifs de Belgique et le Cercle du Libre Examen 

Avec Ismaël Saïdi, Manuel Abramowicz, Pierre Kroll (sous réserve).

Médiateur : Jean-Jacques Jespers

Solbosh auditoire UD2.218 A (Guillissen). (Bâtiment U, porte D, 2ème étage), 50 av. Fr. Roosevelt, 1050 Bruxelles.

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