Psychologue clinicienne et docteure en psychologie diplômée de l’UCL, Adeline Fohn s’est spécialisée dans le domaine du traumatisme et de la mémoire. Le 13 septembre 2012 au CCLJ, elle viendra pour la première fois exposer les conclusions de sa thèse consacrée à l’expérience des enfants juifs cachés en Belgique. Révélant notamment qu’un enfant caché sur deux souffre toujours de stress post-traumatique.
Depuis le mois d’août, Adeline Fohn exerce comme psychologue au Centre médico-psychologique du Service Social Juif, dans l’expertise et le suivi thérapeutique des anciens enfants cachés, survivants de la Shoah et victimes de traumatismes. Un travail qui s’inscrit dans la continuité de ses recherches et de sa thèse défendue l’an dernier à l’Université catholique de Louvain, qui portait sur les « Traumatismes, souvenirs et après-coup : l’expérience des enfants juifs cachés en Belgique ».
C’est après avoir effectué des stages en psychiatrie et dans le domaine des traumatismes chez l’enfant que la jeune femme, alors en dernière année d’étude, décide de se lancer dans ce projet de recherche initié par son professeur Susann Heenen-Wolff, elle-même psychanalyste. Complétant les entretiens réalisés par les étudiants de sa faculté, Adeline Fohn recueille les témoignages d’une septantaine de personnes ainsi que plusieurs récits de vie, lui permettant d’obtenir un corpus satisfaisant pour débuter son analyse. Soixante-cinq ans après la Shoah.
Quelques mois après la défense publique de sa thèse, l’asbl L’Enfant caché lui a demandé de partager les résultats de ses recherches avec les principaux intéressés, en partenariat avec le CCLJ. Avec cette spécificité, par rapport aux nombreux ouvrages déjà parus sur le sujet, qu’Adeline Fohn s’est focalisée sur la mémoire traumatique et les souvenirs relatifs à cette population particulière que constituent les enfants cachés. « L’intérêt s’est longtemps porté sur les rescapés des camps », relève-t-elle. « Les enfants cachés ont été placés dans des milieux d’accueil, familles ou institutions, avec des conversions au catholicisme, parfois un changement de nom et un changement au niveau identitaire qui a laissé des traces… Ils ont été séparés de leurs origines au moment où ils étaient en pleine construction. J’ai observé que des événements potentiellement traumatiques vécus pendant la guerre sont devenus traumatiques ultérieurement, par exemple à l’adolescence, à l’âge adulte ou même maintenant. Je me suis donc demandé comment d’autres événements ultérieurs avaient redéclenché ce qui était resté enfoui ? ».
L’après-coup
L’exposé, intitulé « Du silence à la parole et à la remémoration », reviendra sur l’impact du silence et du non-dit qui a contribué à ce que le traumatisme reste latent. « Au moment de la prise de parole et de la reconnaissance du traumatisme, il y a une réémergence du passé enfoui. Alors faut-il parler ou pas, la question est complexe et très délicate », poursuit Adeline Fohn, selon qui la parole peut avoir un impact destructeur comme reconstructeur de liens, notamment de transmission. « Cela dépend de la personne, mais aussi de la capacité d’écoute de celui qui reçoit le récit ». La psychologue revient sur le livre de Michel Kichka Deuxième génération. Ce que je n’ai pas dit à mon père : « La prise de parole de Henri Kichka, au suicide de son fils Charly, fait tout à fait écho aux résultats de mes recherches. Il s’agit d’un après-coup :le nouveau traumatisme fait réémerger les souffrances passées et devient déclencheur d’une prise de parole. Cela peut-être un décès, cela peut aussi être une séparation ou un divorce qui devient le catalyseur des traumatismes passés ou de tous les deuils qui n’ont pu être faits. Beaucoup d’enfants cachés n’ont pas pu être accompagnés psychologiquement par les adultes qui étaient eux-mêmes submergés par le traumatisme, ce qui les laisse d’autant plus vulnérables lors de la perte d’un conjoint ou d’un proche. Le deuil se voit amplifié en raison des nombreuses pertes traumatiques passées, ce qui explique parfois la violence de leur réaction ».
La conférence d’Adeline Fohn sera suivie d’un débat avec le public. Avant cela, la projection vidéo du travail artistique de Marianne Winkler « Disparitions » évoquera l’apparition et la disparition de sept visages de membres de sa famille, disparus pendant la Shoah.
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