Affaire Kazdaghli : Le doyen de la Faculté de La Manouba acquitté !

Après de nombreux reports de procès et le risque d’encourir jusqu’à cinq années d’emprisonnement, le doyen de la Faculté de La Manouba, Habib Kazdaghli a été acquitté. La mobilisation internationale n’aura pas été vaine.

En décembre 2011 déjà, les groupes salafistes avaient occupé l’université de La Manouba (Tunis) pendant un mois, contraignant le doyen Habib Kazdaghli à fermer sa faculté… La pression des salafistes n’a cessé dès lors de se faire sentir. Agressé le 6 mars 2012 dans son bureau par deux étudiantes en niqab qui refusaient l’interdiction du voile intégral dans l’université, avant de voir son bureau saccagé,  Habib Kazdaghli s’était retrouvé accusé par l’une d’elles de l’avoir giflée… Le premier chef d’accusation « violence légère » se voyant requalifié, Habib Kazdaghli était désormais poursuivi pour « actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions » et risquait une peine de cinq années de prison…

« Depuis cinquante ans, la Tunisie connait la mixité dans les écoles, les femmes peuvent enseigner à des garçons et inversement, et toutes travaillent à visage découvert », nous précisait-il quelques jours avant sa comparution au tribunal de 1ère instance de Tunis, le 25 octobre 2012. « Des groupes salafistes ont tenté par la force d’imposer à l’université le voile intégral, et notre faculté s’est défendue. Pour la liberté vestimentaire, mais aussi parce que les métiers de la communication que nous enseignons imposent cette exigence d’un échange à visage découvert ».

Face aux menaces et aux intimidations, un grand mouvement de solidarité s’est mis en place rassemblant syndicats, enseignants, avocats tunisiens et internationaux. Une délégation belge, avec notamment Pierre Galand, le président du Centre d’Action Laïque (CAL), la vice-rectrice à la politique académique de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Annemie Schaus, le professeur Jean-Philippe Schreiber et l’avocate pénaliste Michèle Hirsch, se sont rendus sur place pour soutenir le doyen.

Après plusieurs reports de procès, avec une polarisation croissante de la société entre modernistes et laïques d’un côté et partisans d’un Etat islamique de l’autre, la justice tunisienne a finalement acquitté Habib Kazdaghli ce 2 mai 2013, condamnant la plaignante et une autre militante salafiste à deux mois de prison avec sursis pour  « atteinte aux biens d’autrui et préjudice à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ».

Fervent défenseur de « l’Etat de droit et des institutions », Habib Kazdaghli s’est dit soulagé de voir cette affaire prendre fin ajoutant que cela était également « un soulagement pour la Tunisie, car les tentatives de porter atteinte à la modernité de l’université ont échoué ». (nawaat.org)

A sa sortie du tribunal, le doyen a été accueilli par les applaudissements des nombreux membres du corps enseignant venus le soutenir. Le CCLJ qui l’avait soutenu lui aussi et interviewé à plusieurs reprises se réjouit de cette decision qui constitue une victoire pour les démocrates, en Tunisie comme à l’étranger.

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La Laïcité sur le banc des accusés (26/10/212)

Quand la victime devient l’accusé (2/10/2012)

Vidéo : Interview exclusive de Habib Kazdaghli (26/6/2012)

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