En grève générale, les fonctionnaires du ministère israélien des Affaires étrangères coupent Israël du reste du monde et font planer une menace sur le « pèlerinage en Terre sainte » que le pape François devrait effectuer en mai prochain.
Benjamin Netanyahou ne se rendra pas en Amérique du Sud. Du moins pas dans l’immédiat. Car sa tournée en Colombie, au Mexique et au Panama en avril prochain a été annulée en raison de l’arrêt de travail des fonctionnaires du ministère israélien des Affaires étrangères. Une grève totale qui avait débuté le 4 mars de manière perlée avant de se transformer en lock-out. Une première depuis 1948.
« Nous nous battrons au finish quelles qu’en soient les conséquences », proclame Yaïr Homer, responsable du comité des travailleurs. Certes, le déclenchement de cette grève n’a pas vraiment surpris les dirigeants israéliens, puisqu’une première crise avait déjà éclaté durant l’été 2013, obligeant le « Tevel » (un département spécialisé du Mossad) à remplir -sous une identité d’emprunt- des missions que les diplomates officiels n’assuraient plus.
Pendant ce temps, des négociations s’étaient cependant engagées entre le ministère des Finances et les représentants du personnel mécontent, mais elles ont tourné au dialogue de sourds. Au bout de huit mois d’échanges tendus, l’écart entre les deux parties s’était tellement creusé que les négociateurs ont décidé d’en rester là. Résultat ? Le comité syndical, qui réclame de meilleures conditions de travail ainsi qu’une augmentation salariale substantielle pour les diplomates en poste à l’étranger, a ordonné la reprise du mouvement.
Cette grogne a fortement perturbé la récente visite à Jérusalem que vient d’effectuer le Premier ministre britannique David Cameron. Mais la grève étant désormais totale, elle menace de provoquer le report à une date indéterminée, voir l’annulation, du pèlerinage que le pape François devrait théoriquement effectuer dans la région à la mi-mai.
Israéliens à l’étranger en détresse
Pour l’heure, le cabinet du Premier ministre qui a créé une structure spéciale (une cellule de conseillers assistés de membres du Mossad) se montre confiant. « Le pape viendra comme prévu et il sera reçu à bras ouverts », proclament-ils. Mais les éditorialistes sont moins affirmatifs, car un déplacement papal implique de nombreux contacts diplomatiques à tous les niveaux, ainsi qu’une communication permanente entre le Vatican et l’Etat accueillant le Pontife. Or, pour l’heure, Jérusalem ne répond plus. Les fonctionnaires du siège du département, ainsi que 103 postes diplomatiques israéliens à l’étranger ont coupé tous les contacts de leur pays avec les autres Etats, ainsi que les organisations internationales, dont les Nations Unies, le Conseil de sécurité et l’Union européenne. Bien sûr, ils ne participent plus à l’organisation de déplacements des personnalités israéliennes à l’étranger et ne leur délivrent plus de passeports diplomatiques. En outre, ils refusent de collaborer avec leurs partenaires habituels, tels le Shabak (la Sûreté générale qui assure la sécurité des postes diplomatiques), le Mossad, le ministère des Finances.
Concrètement, le flux d’informations remontant jour et nuit jusqu’à Jérusalem est interrompu : les rapports rédigés par les postes diplomatiques à l’étranger ne sont plus envoyés, la correspondance diplomatique entre les Etats n’est plus distribuée et les notes ou rapports sont gardés sous le boisseau.
Le ministère n’apporte plus aucune aide aux Israéliens en détresse à l’étranger, sauf en cas de danger mortel ou lorsqu’il faut rapatrier le corps d’une personne décédée. Des centaines de dossiers consulaires restent en suspens. Entre autres, celui de ces deux jeunes touristes délestées de leur passeport au Brésil et qui attendent la fin de la grève pour rentrer à Tel-Aviv. Ou celui de ces Israéliens partis adopter un enfant en Thaïlande et qui se retrouvent bloqués depuis trois semaines dans leur chambre d’hôtel en attendant que le consulat de l’Etat hébreu leur délivre les documents adéquats.
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