Alain Berenboom emmène Michel Van Loo en Israël

La fortune Gutmeyer (Genèse éd.), ce n’est « pas seulement » un polar, de l’avis de son auteur lui-même, Alain Berenboom. C’est certes la quatrième enquête du délicieux détective bruxellois Michel Van Loo, mais c’est aussi l’histoire et la complexité de toute une époque, celle de l’après-Libération, dévoilant la face cachée peut-être de Monsieur Optimiste. Rendez-vous pris pour en parler avec lui au CCLJ le 28 avril 2015 à 20h30.

Après sa première enquête Périls en ce Royaume, le détective privé Michel Van Loo avait quitté Bruxelles pour le Congo (Le Roi du Congo), plus proche ensuite Liège et la Wallonie des Italiens (La recette du pigeon à l’italienne). Le voilà désormais parti en Israël. Un lien avec l’actualité ou une autre facette de votre identité ?

Israël fait l’actualité depuis que je suis né, ce n’est donc pas ce motif qui m’a poussé à choisir cette destination. Je suis né en 1947, en même temps pour ainsi dire que l’Etat d’Israël. Israël, c’est mon histoire, j’ai le même âge, j’ai donc grandi avec lui. Mon regard est celui d’aujourd’hui sur sa naissance et la période qui l’a suivie, sur les valeurs qui l’ont fondé, et ces utopies qui s’érodent peut-être une fois qu’elles se cognent à la réalité. De la même façon que je n’ai peut-être pas réalisé moi-même tous mes rêves d’enfance, j’ai dû composer avec la réalité, je n’ai pas forcément fait tout ce que j’ai voulu ou je n’ai pas toujours fait ce qu’il fallait pour que mes vœux se réalisent.

Votre roman Monsieur Optimiste (Génèse éd.), prix Rossel 2013, relatant l’histoire de vos parents, était-il une parenthèse ?

Pas réellement. Je considère La fortune Gutmeyer comme la continuité de Monsieur Optimiste, en racontant par la fiction le voyage que mon père, Hubert le pharmacien, n’a jamais pu réaliser, puisque mes parents ont voulu partir en 46, mais n’ont jamais reçu l’autorisation de l’Agence juive. Le quota d’entrée des Juifs était très limité, comme l’a montré le tragique destin de l’Exodus. Hubert, l’ami inséparable de Michel Van Loo, a cette fois-ci un rôle aussi important que mon détective et lui sert de guide, à la fois moral, politique et intellectuel. J’ai voulu dépasser les querelles politiques actuelles, Netanyahou, l’occupation, le conflit israélo-palestinien et la menace iranienne, pour raconter les strates de ce que pouvait être l’Israël du tout début des années 50, l’enthousiasme de la gauche autour du projet sioniste qui parait aujourd’hui peu compréhensible, avec cette idée aussi que tout le monde n’est pas forcément gentil, même lorsqu’il s’agit d’un homme qui a survécu aux camps.

C’est un élément que l’on vous a reproché…

Je souhaitais montrer effectivement que les Juifs sont des gens comme les autres. Et que les premiers pionniers, même s’ils suivaient un idéal, n’avaient pas forcément un sens moral absolu. Il pouvait aussi y avoir parmi eux des brigands et des salauds.

Les Juifs et l’argent, les Juifs et le complot, sans parler de toutes les idées reçues sur Israël…, déconstruire les clichés était aussi une de vos ambitions ?

Cela s’est fait naturellement. J’ai toujours aimé bousculer les clichés, montrer que derrière les idoles, il y a du sang, de la chair, des ombres… pas uniquement la belle lumière que nous aimons admirer. Il y a heureusement beaucoup de manières de jouer avec les idoles, sans leur manquer de respect. L’humour permet de sortir de la momification de ce qu’on aime. On aime les pays, les gens, aussi pour leurs zones d’ombres et leurs défauts. C’est peut-être ce qui rend Israël plus attachant.

On dit souvent que les Juifs ont une double identité…

Je parlerais plutôt d’une identité multiple. Je me sens profondément belge, avec une sensibilité particulière et des antennes reliées à Israël plus qu’ailleurs, comme les descendants de la Sicile sont probablement plus proches de cette région-là également. La Belgique est par nature cosmopolite, avec une forte immigration, si bien qu’on peut y vivre avec une identité belge et de très fortes affinités pour d’autres cultures. L’identité multiple est intrinsèque à la Belgique, comme le sont peu de pays d’Europe. Ce pays est pour moi un étonnant Waterzooi ! Dans La Fortune Gutemeyer, j’ai aimé jouer avec les différentes identités, caractéristiques d’ailleurs des Juifs pendant la guerre. Mon père a plusieurs fois été obligé de changer de nom. Les identités multiples sont dans mes gênes.

Mardi 28 avril 2015 à 20h30

PRÉSENTATION DU LIVRE & DÉBAT

La fortune Gutmeyer

Débat avec Alain Berenboom, animé par Stanley Berenboom.

Infos et réservations : 02/543.02.70 ou info@cclj.be

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