Alain Bienenstock : ‘Le Juif errant est partout’

Le photographe belge proposera son exposition « LeHaïm – A la vie ! » à partir du 23 septembre 2014 au CCLJ. Un cri universel, entre vulnérabilité, espoir, droit à la différence, droit à la résistance.

« Au gré du hasard et des bonnes rencontres », voilà comment pourrait se résumer le parcours d’Alain Bienenstock. Né en 1962 en Belgique, l’homme choisit très tôt le pari de la débrouille, où « le système D a remplacé les études », avec une carrière faite de petits métiers qui le conduiront à rencontrer les bonnes personnes. Comme cette fois au Zaïre où, travaillant pour la famille Israël, il fait la connaissance du photographe belge du président Mobutu. « J’avais 22 ans », se souvient-il. « Lui devait photographier les avions de combat pendant le défilé. Il m’a aperçu et m’a demandé si je voulais l’accompagner sur le toit de l’immeuble pour tenir son matériel pendant les vibrations. Attachés avec une corde, on a vu le ventre des mirages ! C’était mon premier contact avec la photographie professionnelle ».

Depuis l’âge de 14 ans, Alain Bienenstock développe lui-même ses photos. Il a d’ailleurs choisi l’option photo à l’école, « mais il arrive à certains de connaitre de faux départs, cela a été mon cas », confie-t-il. Il attendra son retour du Zaïre, comme chauffeur privé avec l’agence de voyages Isbel, pour assouvir sa passion. Avec son appareil glissé dans la boite à gants de sa voiture, il immortalise Adamo, Annie Cordy, Nino Ferrer… Devenu chauffeur personnel du contrebassiste de Vaya con Dios, à la fin des années 80, il s’achète ensuite un vrai boitier et commence la photo de rue dans la tradition américaine des Street Photographers Robert Frank, William Klein. Côté français, Robert Doisneau et Henri Cartier-Bresson, qu’il rencontrera à plusieurs reprises.

Loin d’un produit commercial, Alain Bienenstock voit la photo comme un instrument de musique, « pour exprimer ce que notre non-talent de peintre ou d’écrivain ne peut traduire », assume-t-il. Les petits boulots malgré tout se poursuivent. Le chauffeur devient représentant de commerce, puis DJ, de Knokke à Arlon, en passant par Bruxelles. Il inonde les commerces et salons de coiffure de ses cassettes musicales mixées, continuant à se promener son appareil photo à la main. De sa première expo collective à Charleroi, rien malheureusement ne sortira.

Les paradoxes de notre époque

A 33 ans, de retour d’une fausse alya en Israël et le moral à zéro, Alain Bienenstock travaille de nuit chez Belgacom et consacre ses journées à « capturer des visages et des situations dans les rues de Bruxelles » (Bruxelles in the Street, éd. Filipson). En 2001, il se procure un appareil numérique et décide de faire de la photo son métier. Quatre ans plus tard, il accède à la profession et devient photographe indépendant. Son regard est resté bien lucide : « Le nom est devenu un adjectif, tout le monde est photographe aujourd’hui », déplore celui qui cumule travail de studio, publicités, mais aussi, par son œil de l’instantané, bar-mitzva, mariages, réceptions et événements en tous genres. « Je ne me considère pas comme un artiste, même si je connais la galère et la vie d’artiste, et que je les respecte beaucoup », précise-t-il. « Mon travail illustre les contradictions et les paradoxes de notre époque. Je ne suis que le vecteur de ce regard sur les uns et les autres, sur nos voisins, sur ce qu’on est et ce qu’on a été ».

Le rapport de la vie à la mort, en Afrique, en Inde, en Israël, est ainsi très présent dans le travail du photographe, avec cette volonté de « partager ce qui reste de notre philosophie juive, l’espoir (l’hatikvah) », souligne Alain Bienenstock. « Les choses peuvent s’améliorer (“L’an prochain à Jérusalem”), tout est question de point de vue : on peut trouver la beauté même dans la laideur, la richesse dans la misère… ». Fier de se déclarer « sans style, multiple », recourant à toutes les techniques de traitement, « libre », « indépendant », comme ses images, Alain Bienenstock considère sa judéité comme indissociable de son travail. « Je ne peux mettre de côté mon héritage, ma force créative est liée à la force de cette culture », affirme-t-il. « Qui dit reli-gieux, dit “relié” en permanence à ma puissance de création et à une force supérieure, pour ceux qui y croient, que je ne maitrise pas ».

L’exposition « LeHaïm – A la vie ! » proposée au CCLJ présentera des situations de la vie quotidienne, portraits, ambiances, souvent en lien avec nos racines et dans lesquels chacun pourra se projeter. « Je suis un enfant post-Shoah », rappelle Alain Bienenstock, « et mes grands-parents ne parlaient que de ça. Le Juif errant est partout. Je suis très marginal, mais je reste très juif, avec une grande tendresse pour les religieux ».

Vernissage et verre de l’amitié le mardi 23 septembre 2014 à 18h30 à l’Espace Yitzhak Rabin – Entrée libre !

Infos et réservations : 02/543.02.70 ou info@cclj.be

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