Allô Bibi, bobo

Un petit billet ironique de Philippe Boulet-Gercourt, correspondant permanent du Nouvel Observateur sur « Le jour où Benjamin Netanyahou a lâché Mitt Romney ».

Oy vay… Le jour même où le Times publiait un article sur la campagne de charme de Romney pour séduire les électeurs juifs de Floride, vlan !, un grand coup de couteau dans le dos.

A l’ONU, Benjamin Netanyahou a retourné sa veste : « Le Président Obama a redit que la menace que représenterait un Iran muni de l’arme nucléaire ne pouvait être [simplement] contenue.

J’apprécie beaucoup la position du président, comme c’est le cas de tout le monde dans mon pays ». Et sur le fond du dossier iranien : « Israël est en discussion avec les Etats-Unis et je suis confiant dans le fait que nous arriverons à définir la marche à suivre ensemble ».

On imagine la mâchoire tombante des conseillers de Romney : Noooonnn ! A coup sûr, les coachs du républicain avaient déjà peaufiné une batterie d’attaques dans les débats contre Obama : « Vous maltraitez Netanyahou, vous n’avez même pas voulu le rencontrer lors de sa dernière visite, vous n’êtes pas un ami d’Israël ». Bon. Va falloir ajuster. 

La semaine dernière, Bibi avait froissé pas mal de plumes américaines, et pas seulement à la Maison-Blanche, en s’invitant sans vergogne dans la campagne électorale : « Ceux qui refusent de fixer des lignes rouges à l’Iran n’ont aucun droit moral à agiter un feu rouge devant Israël », avait-il lancé à l’adresse d’Obama.

Hier, il a tenté de réparer cette grosse gaffe. Bibi, pas fou, a compris que c’était cuit pour Romney. Il est temps de tendre la main à celui qui occupera la Maison-Blanche jusqu’en janvier 2017.

L’offensive de charme de Romney auprès des Juifs américains était ambitieuse -3% seulement d’entre eux font dépendre leur vote de la position des candidats sur Israël, selon un sondage de 2008 de l’American Jewish Committee-, mais pas absurde.

Les intentions de vote des Juifs de Floride en faveur d’Obama seraient de 69%, soit 9 points de moins qu’en 2008. Dans des Etats où tout se joue souvent sur le fil du rasoir, quelques points peuvent faire la différence.

C’est pour cela que le Republican Jewish Committee et le milliardaire Sheldon Adelson ont décidé de déverser 6.5 millions de dollars en spots dans ces Etats-clés, pour convaincre les électeurs juifs qu’on ne peut pas faire confiance au président sur Israël.

Et voilà que Bibi, oubliant tous ses chers amis républicains, les Mitt Romney, les Sheldon Adelson, les Ronald Lauder, les Eric Cantor et tant d’autres, vient pourrir ce beau plan. Il y a vraiment des jours…

* http://madeinusa.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/09/28/allo-bibi-bobo.html

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