On n’est pas obligé d’être croyant pour le dire : vouloir interdire la circoncision, comme vient de s’y risquer un tribunal allemand est définitivement une mauvaise idée.
Tout commence à Cologne (Allemagne) avec l’admission aux urgences d’un petit garçon musulman de 4 ans : il souffre de graves saignements après avoir été circoncis par un médecin généraliste.
La justice est saisie et un tribunal rend sa décision fin juin : la circoncision pour motifs religieux est passible de condamnation. Explication des juges : il s’agit d’une blessure corporelle « durable et irréparable » contraire à l’intérêt de l’enfant.
Le tribunal n’interdit cependant pas l’ablation du prépuce. Il la reporte à l’âge de la majorité légale, lorsque l’individu est apte à choisir son appartenance religieuse. Et elle est toujours autorisée pour raisons médicales.
Néanmoins, les protestations ne se font pas attendre : celles des autorités juives et musulmanes, bien sûr, vite rejointes par les églises catholiques et protestantes. Toutes vont dans le même sens : défendre les droits des parents en matière religieuse.
L’agitation est si grande que le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, inquiet des répercussions internationales, se fend d’un communiqué rappelant que « les traditions religieuses sont protégées en Allemagne ».
Cette décision judiciaire s’inscrit dans un contexte européen caractérisé par des confusions et des assimilations qui ne lassent pas de perturber la plupart des parties concernées. Déjà nombre de rabbins et d’imams apprécient peu d’être assimilés dans le même rituel.
Autre sujet de déplaisir pour Juifs et musulmans : le lien souvent fait entre la question de la circoncision avec celle de l’abattage rituel. Et les mêmes critiques contre l’archaïsme des deux procédés.
Sujet de confusion supplémentaire : les opposants comprennent aussi bien des laïques de gauche ou de droite que des tenants de l’extrême droite ou des protecteurs des animaux. Et, enfin, c’est la cacophonie au niveau législatif.
En Norvège, en Suède, en Islande, en Grèce, au Luxembourg, l’abattage rituel est illégal. Tout comme en Suisse, sauf les volailles qui peuvent, elles, être tuées selon les deux rituels. Et si le pays autorise l’importation de viande cachère, il interdit celle qui est halal…
Dans le même ordre d’idées, le parti des Verts suisse a aussi réclamé en 2010 l’interdiction de la circoncision. De vifs débats sur ces questions sont en cours aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne ou au Danemark.
De même, peu avant les élections présidentielles françaises, le Premier ministre de l’époque, François Fillon, avait fait quelque bruit en évoquant ces « traditions ancestrales appelées à s’adapter au monde actuel ».
Quand l’extrême droite trahit l’ultra-droite juive
A un niveau plus anecdotique, on notera la consternation de l’ultra-droite juive qui croyait communier avec l’extrême droite dans une même détestation de l’islam. On peut ainsi se distraire à la lecture d’un article* de notre excellent opposant Victor Perez.
Le malheureux se sent trahi par l’attitude du site « Riposte laïque » (RL). Celui-ci menait pourtant, selon lui, « un noble combat » contre « l’islamisation rampante » de la France et surtout, la « halalisation » de la filière animale.
Hélas, trois fois hélas, voici que RLvient de mettre dans le même sac l’abattage juif, qui pourtant, Dieu sait, n’a rien à voir avec l’islamique. Pire, voici que ces traîtres s’en prennent à la circoncision, « acte barbare qui devrait être interdit pour les mineurs ».
Conclusion : Riposte Laïque, qui était si bien lorsqu’elle combattait l’islam, est devenue une organisation intolérante, fanatique, extrémiste. A quoi tient une vision lucide des réalités… Ceci dit, l’interdiction de la circoncision -musulmane ou juive- est une erreur.
On n’est pas obligé d’être croyant pour le dire : parler de « blessure corporelle » à propos de la circoncision relève de l’excès. On n’est pas dans la mutilation sexuelle comme l’intolérable excision des filles. La circoncision relève plutôt de l’ablation des amygdales ou celle de l’appendice.
En plus, elle est, semble-t-il, utile pour lutter contre nombre d’infections voire contre le sida. Des prétentieux affirment aussi qu’elle améliore les performances sexuelles. Par ailleurs, on notera que, pas plus que le baptême, elle n’est garante d’un suivi religieux chez les adultes.
Mais l’argument majeur contre l’interdiction, c’est qu’elle sera aussi inefficace que, dans un autre domaine, la prohibition de l’avortement. Si on y est décidé(e), on trouve toujours le moyen d’y parvenir. Et la circoncision est un rituel fondamental, incontournable du judaïsme.
L’interdire ne fera, comme pour l’IVG, qu’inciter les plus riches à se rendre dans des pays où elle est autorisée. Et obligera les plus démunis à la pratiquer de façon clandestine, dans des conditions d’hygiène mettant vraiment, pour le coup, la vie de l’enfant en danger.
Que la laïcité lutte contre des « traditions ancestrales », pourquoi pas ? Mais doit-elle le faire en utilisant les mêmes méthodes coercitives -et contre productives- qu’elle combat à juste titre, chez les intégristes religieux ?
http://victor-perez.blogspot.co.il/2012/07/quest-il-arrive-riposte-laique.html
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