Ami Bouganim, Asher le Devin et autres contes de Fès, Albin Michel, 230 p.

Ami Bouganim a débuté, jadis, sa carrière littéraire par de savoureux récits du Mellah de Mogador/Essaouira au Maroc, ville où il est né en 1951. Après quelques essais de vulgarisation philosophique, il revient aujourd’hui à son genre et à sa terre d’origine : le conte, genre où il excelle, et le Maroc juifs. Et il a bien raison. Car à le lire, on se régale, et on apprend. Mais on se régale surtout. Tendres, érudits, narrés avec grâce, ces récits ont en outre une dimension de piété à laquelle, même si l’on est mécréant, on est sensible, car ils semblent sauver de l’oubli un univers pour une grande part disparu, à l’instar du shtetl polonais qui avait avant lui rendu l’âme. Bouganim, en réinventant les personnages du Mellah, le quartier juif des villes marocaines, et en leur attribuant des noms de gens réels, se livre, par le moyen de la littérature, à une œuvre pieuse. On entend encore les protestations d’Elie Bénabou qui n’est pas pressé de mourir, même si on le conduit à sa dernière demeure à Jérusalem. Son cas de longévité, d’immortalité peut-être, auquel cas il serait l’incarnation du prophète Elie, est examiné par tous les notables de la communauté, les religieux et les laïcs, pour déterminer l’attitude idoine à adopter. Tous ces gens revivent sous nos yeux. On a le sentiment de les connaître, et on se prend à les aimer. Libre à chacun de croire ou non à la résurrection, à Jérusalem ou ailleurs, il n’en est à mon sens de plus assurée que celle que la littérature opère.

]]>