Amnistie : les erreurs du Centre Simon Wiesenthal

Les propos du ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, sur l’amnistie des collaborateurs ont suscité nombre de réactions chez nous comme à l’étranger. Pas toujours heureuses.

Beaucoup ont été indignés par les déclarations de M. De Clerck sur l’amnistie. (En résumé : « Débattons en adultes et oublions le passé »). Même s’il s’est quelque peu rétracté depuis (« Débattons, mais n’oublions pas »), les réactions ont continué d’affluer, et c’est fort heureux.  Encore faut-il que ces interventions fassent sens.

Ce n’est, regrettablement, pas le cas de cette lettre adressée par Shimon Samuels, dirigeant du Centre Simon Wiesenthal (CSW) israélien au Premier ministre Yves Leterme : « Il ne faut pas s’étonner ; lui écrit-il notamment,que l’antisémitisme soit en recrudescence (…) alors que votre premier responsable en matière de justice prône l’oubli des crimes nazis »,

Il affirme ensuite que M. De Clerck « doit être rapidement relevé de ses fonctions au sein de son ministère et de son parti et doit s’effacer de la sphère politique » avant de conclure : « Rester muet reviendrait à être complice de son apparente approbation du génocide ».

Déjà, ces formulations sont extraordinairement maladroites : il est absurde -et faux- d’accuser les récents propos du Ministre d’être responsables d’une recrudescence de l’antisémitisme qui existe depuis plusieurs années.

Il est insultant d’accuser le Premier ministre, s’il n’obtempère pas aux directives du CSW, d’être complice d’une « approbation du génocide ».

Mais surtout, il y a là une vision « égocentrée » et réductrice de la question de l’amnistie. Celle-ci fait partie d’un combat que mènent les nationalistes flamands contre le reste des Belges depuis 1918, au moins.

Si, durant l’Occupation, ces collaborateurs flamands ont bien sûr participé aux rafles des Juifs, ils luttaient d’abord contre les résistants belges, contre les lois de la démocratie belge, contre l’existence même d’une Belgique qu’ils haïssaient.

D’une façon plus générale, ces « inciviques » se sont rangés dans le camp d’une idéologie barbare qui a opprimé, torturé et massacré des millions de gens à travers toute l’Europe.

C’est pour cela qu’ils ont été condamnés après la guerre, et ce sont ces crimes que ceux qui prônent aujourd’hui l’amnistie voudraient  effacer. Ce combat concerne la mémoire et l’honneur de notre pays et non de la seule communauté juive.  

Il serait réducteur de ramener la Seconde guerre mondiale au seul affrontement entre Juifs et collabos.  Ce n’était pas vrai hier et ce ne l’est pas davantage aujourd’hui. Il serait effectivement bon que M. De Clerck quitte ses fonctions, même au sein d’un gouvernement en « affaires courantes »..

Parce que ses déclarations sont une offense à tous les Belges, Flamands ou francophones épris, hier comme aujourd’hui, de liberté, d’égalité et de fraternité. Il est regrettable que le CSW ne connaissance pas cette réalité ou ne la prenne pas en considération.

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