Amos Oz et les ‘néo-nazis’ des colonies.

Sacrée déclaration qu’Amos Oz* a faite là: interviewé par le quotidien Haaretz**,  le plus important des écrivains israéliens a qualifié les jeunes voyous des colonies de «néo-nazis hébreux ». Un terme excessif, si répugnants que soient leurs agissements.

C’était ce 10 mai, pour l’anniversaire de ses 75 ans et Amos Oz n’y a pas été avec le dos de la cuillère. Evoquant la vague de violences et de racisme antimusulman et anti-chrétien que connaît l’Etat juif, il a affirmé :

« Il faut cesser d’utiliser de doux surnoms comme « jeunes des collines » ou « prix à payer » pour un monstre qui doit être appelé par son nom : ce sont des groupes de néo-nazis hébreux ». Et de poursuivre : 

«  Ils se comportent comme les néo-nazis d’Europe qui écrivent des insultes antisémites sur les synagogues et profanent des cimetières » Avec cependant une différence entre les néo-nazis du reste du monde et ceux d’Israël :

« Nos groupes néo-nazis bénéficient du soutien de nombreux législateurs nationalistes voire racistes comme de rabbins qui leur accordent ce que je considère être une justification pseudo-religieuse »

Qu’Amos Oz ait raison sur le fond prête peu à discussion : ces jeunes colons extrémistes ne cessent d’intensifier leurs agressions contre les Palestiniens de Cisjordanie : destructions de plantations d’oliviers, de vergers, de champs, incendies de mosquées, brutalités envers les villageois, etc.

Ces derniers temps, ils s’en sont aussi pris aux Arabes israélien, surtout chrétiens : en quelques mois, 22 profanations ou actes de vandalisme ont été commis contre des couvents, des églises, etc.  

Mais ces groupuscules d’extrême-droite s’en prennent aussi à Tsahal, l’armée israélienne. Ainsi, ce 11 avril, une cinquantaine d’entre eux ont détruit un poste militaire situé dans la colonie d’Yitzhar, dans le nord de la Cisjordanie, blessant six gardes-frontières.

Rien d’étonnant, Yitzhar est un repaire de rabbins racistes et extrémistes*** comme le rabbin Itzhak Ginzburg, du Habad Loubavitch, qui estime que «Tuer n’est pas un crime si les victimes ne sont pas juives.»…  Tels maîtres, tels valets…

Amos Oz a donc de bonnes raisons de tonner contre cette racaille. Moins –à notre sens- d’avoir utilisé le terme « néo-nazis » là où le terme « fascistes » eut été suffisant. Et il y a là davantage qu’une querelle sémantique.

Anecdote personnelle : dans les années 80, jeune et exalté journaliste de « Regards », j’avais, moi aussi, traité de nazi  je ne sais plus quelle personnalité israélienne. Et je m’étais fait sèchement remonter les bretelles par notre ami Charles Enderlin.

Un terme à tout le moins maladroit.

Celui qui dirigeait à l’époque notre équipe de correspondants israéliens m’avait expliqué en détail la différence et le poids de ces mots. Et il avait raison bien sûr. Car le nazisme, la plus immonde idéologie concevable, était –est- aussi une perversion du fascisme.

Certes, les mouvements des Mussolini, Franco, Salazar et de leurs successeurs sont antidémocratiques, autoritaires, violents. Ils enferment, torturent, tuent leurs opposants mais ils ne cherchent pas à exterminer des individus en fonction de leur « race » ou de leur religion.

Ce qui fait la terrifiante spécificité du nazisme, c’est qu’en plus de tout cela, il voulait se débarrasser  des « races inférieures » et de tous les « indésirables », les Juifs bien sûr mais aussi les Tsiganes, les handicapés mentaux, les homosexuels, etc. Et il s’en est donné les moyens.

Les voyous des collines sont sans nul doute des fascistes. Mais, quelle que soit leur haine des Arabes, ils n’entendent pas les massacrer tous, sans distinction d’âge ou de sexe. Ce ne sont pas des nazis, (ce qui  est bien le moins pour des Juifs) et Amos Oz a eu tort de les qualifier de la sorte.

Au demeurant, ce n’était pas ce qu’il voulait dire a-t-il affirmé quelques jours après : « Je ne les ai pas comparé aux nazis, ceux des chambres à gaz et des fours crématoires mais aux néo-nazis.

Ceux qui taguent des slogans racistes, profanent des cimetières et des lieux de culte, battent des innocents. C’est ce qu’ils font en Europe, et c’est ce qu’ils font ici ». Dont acte. Il n’empêche le terme est à tout le moins maladroit.

Néo ou pas, ce mot de « nazi », à lui seul, a rendu inaudible le reste d’une déclaration des plus pertinentes. Seule petite note d’humour dans cette triste affaire : la réaction du « Yecha », le lobby des colons de Cisjordanie.

Alors qu’il prétend avec régularité se distancier de ces  jeunes et condamner leurs agissements, le Yecha a déposé plainte contre Oz : il considère que les traiter de « néo-nazis hébreux » est une « incitation à la haine et au racisme »… Défense de ricaner.

*Amos Oz : écrivain de renom, il a reçu nombre prix dont le prestigieux Prix Israël de littérature (1998). Après avoir combattu en 1967 et 1973, il est un des fondateurs en 1978 du mouvement « La Paix maintenant »

**http://www.haaretz.com/news/national/1.589849

***C’est à Yitzhar que vivaient les deux rabbins auteurs de « La Torah du Roi » (2010),  un livre qu’on peut –à juste titre, cette fois- qualifier de nazi tant il dégouline de racisme et d’appels au meurtre. Ils y affirment, entre autres, qu’il est légitime de tuer des bébés non-Juifs « s’il est clair qu’ils grandiront pour nous nuire »

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