Antisemitisme.be

Pour les uns, l’antisémitisme augmente, pour d’autres, il diminue. Si ces affirmations s’appuient souvent sur un sentiment diffus, le site internet www.antisemitisme.be se charge de recenser les incidents antisémites survenus en Belgique. Un outil utile pour les chercheurs et important pour les victimes comme pour les autorités compétentes.

Créé en 2001 dans le sillage de la seconde intifada, le site www.antisemitisme.be recense exclusivement les actes antisémites et négationnistes commis sur le territoire belge. Via une hotline ou une adresse e-mail ainsi qu’à travers des contacts étroits et fréquents avec le Centre pour l’égalité des chances et les institutions juives de Belgique (Consistoire, CCOJB et Forum d’Anvers), ce site dresse une liste d’incidents antisémites survenus tout au long de l’année.

Dès réception de plaintes ou de signalements, les incidents sont analysés et vérifiés scrupuleusement avant leur mise en ligne sur le site. « Ces vérifications sont essentielles, car on reçoit parfois des plaintes et des témoignagesloufoques », indique celui que nous nommerons Philippe, le coordinateur de ce site, qui préfère garder l’anonymat par souci de confidentialité. « Il suffit de poser quelques questions élémentaires pour comprendre qu’il n’y a rien d’antisémite dans les faits décrits ou que la version du plaignant est fausse. Ces plaintes sont écartées. Heureusement, elles sont rares ». Les types d’actes recensés sont classés par catégories, selon qu’ils relèvent de l’agression physique, de la menace, de la parole, d’écrits ou d’internet. En raison de l’importance progressive prise par internet, une catégorie spécifique aux propos antisémites tenus sur la toile a été créée.

Chargé de rédiger un rapport annuel sur l’antisémitisme en Belgique par le Stephen Roth Institute de l’Université de Tel-Aviv, Joël Kotek, professeur d’histoire à l’Université libre de Bruxelles, juge indispensable l’existence de ce site. « Plutôt que de parler dans le flou et le ressenti, on peut, à travers lui, se faire une idée objective des incidents antisémites ». En raison d’une classification géographique, les chercheurs peuvent même affiner leurs analyses et mettre en exergue les différences entre Anvers et Bruxelles, par exemple. « Les incidents antisémites les plus graves et les plus violents se produisent à Anvers », reconnaît Joël Kotek. « Ils visent essentiellement des Juifs orthodoxes, c’est-à-dire ceux qui sont reconnaissables physiquement comme juifs. Les auteurs peuvent être de jeunes Maghrébins, mais aussi, ce qui est nouveau, des Polonais souvent ivres qui s’attaquent aux ultra-orthodoxes. On voit bien que ce type d’incidents antisémites n’a rien à voir avec le conflit israélo-palestinien ».

Cellule de veille

L’objectif du site www.antisemitisme.be est non seulement de recenser les incidents antisémites, mais aussi de diriger les victimes vers les autorités compétentes. Chaque incident est communiqué au Centre pour l’égalité des chances qui, selon le cas, portera plainte aux côtés de la victime. Ces incidents sont également transmis aux institutions juives, afin qu’un suivi juridique ou psychologique soit assuré.

Depuis la soirée de gala du CCOJB, le 20 septembre 2011, le grand public a pris connaissance de l’existence d’une « cellule de veille » constituée auprès du Centre pour l’égalité des chances, avec des représentants des ministres de la Justice et de l’Intérieur et des organisations représentatives juives. L’objectif est d’évaluer les incidents antisémites pour envisager ensuite des actions appropriées. Malheureusement, son fonctionnement n’est pas assuré convenablement : « Lors des dernières réunions, les représentants des cabinets n’étaient pas présents. Le suivi n’était donc pas bien assuré et on avait le sentiment que le personnel du Centre pour l’égalité des chances prenait une heure de son temps pour faire plaisir à certains représentants de la communauté juive », regrette Philippe.

Pour de nombreux observateurs, l’incapacité des autorités belges à faire face à l’antisémitisme est bien réelle. « Vraisemblablement, le personnel du Centre pour l’égalité des chances ne dispose pas des outils intellectuels nécessaires », observe Joël Kotek. « On comprend enfin les ressorts du racisme. En revanche, l’antisémitisme est aujourd’hui considéré comme une opinion légitime ou à la limite de l’acceptable. Pour qu’il soit véritablement poursuivi, il faut qu’il y ait incitation à la haine. J’ai le sentiment qu’on est face à une forme de cécité. Elle ne résulte en rien de positions antisémites des autorités belges, mais elle va à l’encontre de ce qu’on devrait entendre. Comme s’il n’y avait aucune demande sociale ».

Témoin ou victime d’antisémitisme ?

Contact : 0483/40.93.43 ou info@antisemitisme.be

Site : www.antisemitisme.be

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