Nous avions interviewé ici même Michel Goldberg*, professeur enseignant à l’Université de La Rochelle, qui s’était retrouvé ostracisé et victime d’une campagne calomnieuse après avoir dénoncé une pièce de théâtre antisémite jouée dans son université. Une médiation a finalement eu lieu avec la direction aboutissant à un protocole d’accord. Mais si la situation s’est quelque peu apaisée, Michel Goldberg demeure la cible des critiques.
Alertée par des parlementaires et des membres d’associations de défense des libertés au sujet de la pièce de théâtre antisémite écrite et jouée par des étudiants de l’Université de La Rochelle et intitulée « Une pièce sur le rôle de vos enfants dans la reprise économique mondiale », la ministre française de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, a exprimé par rapport à celle-ci sa désapprobation complète. « La Ministre partage, dans une large mesure, votre point de vue et comprend votre émotion », écrivait son chef de cabinet à l’attention de Michel Goldberg, professeur qui s’est retrouvé pendant plusieurs semaines véritablement ostracisé au sein de l’établissement. « Son action, comme ses déclarations, ne permettent en aucun cas de penser qu’elle aurait pu cautionner le genre de propos que, à juste titre, vous dénoncez. Au contraire, elle a toujours fait preuve d’une ligne intangible en matière de racisme et d’antisémitisme. Elle est l’élue d’un département qui est fier d’avoir compté Pierre Mendès-France parmi ses parlementaires et dont le prestige continue à s’imposer. Comme vous le savez, l’autonomie des universités ne permet pas toutefois de contrôler au préalable la nature de manifestations ou d’interventions qui se déroulent dans leur enceinte. En effet, cela relève des attributions du président de chaque établissement. Dans le cadre de réunions régulières avec les recteurs d’académie, la ministre ne manquera pas de rappeler les principes de neutralité et de laïcité qui s’imposent à l’ensemble des établissements. Aucune exception à ces règles ne saurait être tolérée ».
Rappelons depuis plus de deux mois, aucune prise de position publique n’avait été exprimée pour s’opposer à l’idéologie de cette pièce qui paraît même susceptible d’être exportée au Canada… Une pièce montée sous l’autorité d’un auteur et d’une metteuse en scène subventionnés par l’Université, le Centre Intermondes, l’Institut français et la ville de La Rochelle.
L’indignation était à son comble ces dernières semaines, avec l’ouverture d’une page Facebook et une vague de soutien au professeur relayée par les réseaux sociaux. « Une médiation a aussi eu lieu pour que le climat de l’Université de La Rochelle redevienne supportable », nous rapporte aujourd’hui Michel Goldberg. « Je vous avais résumé les courriels malveillants à mon encontre qui étaient largement diffusés. Il en est résulté un protocole d’accord a minima ». Dans ce dernier, « le président de l’Université de La Rochelle Gérard Blanchard et Michel Goldberg sont convenus de condamner toute injure et insulte, d’où qu’elles viennent, quels qu’en soient les motifs et quels qu’en soient les destinataires. Ils souhaitent que l’Université demeure un lieu de création où s’exerce la liberté des acteurs qui y sont engagés. Cette liberté s’accompagne de la plus grande responsabilisation nécessaire au respect de tous ».
Michel Goldberg remercie « les très nombreuses personnes qui ont témoigné de leur inquiétude devant cette pièce de théâtre honteuse et le soutien dont elle a bénéficié ». Il n’en demeure pas moins au sein de l’Université un climat des plus pénibles : « Mon université continue de soutenir les responsables de la pièce de théâtre antisémite et la metteuse en scène vient d’être recrutée à nouveau pour l’an prochain. L’auteur et elle continuent de bénéficier de la plus entière confiance de l’université et le président continue d’affirmer que la pièce n’est pas antisémite », dénonce le professeur.
Si un communiqué condamne en effet les injures et les insultes, il apparait qu’aucune désapprobation de la présidence n’a été exprimée face aux attaques malveillantes. Les interventions sur le forum de l’Université abondent dans un même sens, accusant Michel Goldberg de « salir l’établissement et les étudiants sans argument tangible » et n’hésitant pas à qualifier de « terrorisme de la pensée » les réactions indignées de l’enseignant. « Travailler dans de telles conditions reste très difficile », nous confie ce dernier.
*Lire notre interview de Michel Goldberg (1/7/2013) « Université de La Rochelle : de l’antisémitisme en toute liberté ».
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