Ils étaient bien nombreux parmi les Juifs de France à préférer Nicolas Sarkozy et à le faire savoir. Mais voici que, depuis le 6 mai 2012, les mêmes découvrent toutes sortes de qualités au nouveau Président de la République…
Virage à 180° parmi les bien-pensants de la communauté. A part les plus réactionnaires, toujours droits dans leurs bottes, chacun s’empresse d’adorer ce qu’il a brûlé. Hollande ? Après tout, il n’est pas mal, Hollande. Il est même très bien, cet homme…
Fini de déplorer que 182 députés socialistes (sur 195) aient soutenu en septembre 2011 le projet de reconnaissance d’un Etat palestinien. Y compris Arnaud Montebourg, Martine Aubry… et F. Hollande.
Oubliés les propos de Jean Glavany, sur la question de l’eau en Cisjordanie « révélatrice d’un nouvel apartheid » (12/2011). Ou l’indécent souhait de Benoît Hamon, la semaine passée, lorsqu’il était encore question d’élections anticipées en Israël, de voir les Travaillistes l’emporter.
Non, ce qu’on retient désormais des socialistes, c’est Lionel Jospin en 2000 qui avait eu le courage de traiter le Hezbollah d’organisation terroriste. Et s’était fait lapider à Gaza pour ces paroles. Ou, en 2003, le soutien de F. Hollande à Ariel Sharon lors de «12 heures pour l’amitié France- Israël ».
Même qu’il y avait là aussi un certain Nicolas Sarkozy. On rappelle la déclaration du candidat socialiste en février : « c’est sans doute au PS que l’on trouve le plus grand nombre d’amis d’Israël et du peuple juif ».
Des propos complétés par l’assurance qu’il « ne laisserai rien passer » quant aux propos ou actes antisémites. D’aucuns listent aussi les Juifs présents dans le comité de campagne de François Hollande ou parmi ses soutiens :
Pierre Moscovici, Julien Dray (avant sa disgrâce pour avoir invité Strauss-Kahn), François Rebsamen ou encore Manuel Valls, qui sans être juif, proclame un « lien éternel avec Israël ». Et c’est aussi une occasion d’agréables découvertes.
Car le judaïsme français compte quelques nouveaux membres de la communauté : le député européen et dirigeant du PS, Vincent Peillon qui a fait son « coming out juif » comme ils disent, en signant, voici peu, l’appel de nos amis de J Call.
Ou encore, l’ex-chef de « SOS-Racisme », remplaçant passé -et peut-être futur- de Martine Aubry au secrétariat général du parti socialiste dont la mère est juive, n’est-ce pas épatant ? A l’inverse, de quoi les mêmes s’aperçoivent-ils avec une horreur rétrospective ?
Bien la peine d’avoir insulté l’avenir
Qu’il n’y avait aucun Juif parmi les douze membres de l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy. Ce qui s’expliquerait par un glissement vers le parti de Mme Le Pen que ceux-ci n’auraient peut-être pas apprécié à sa juste valeur électorale…
Une démarche qui, par parenthèse, n’a pas refroidi les Français d’Israël : les 13.000 qui ont voté (21% des 62.000 inscrits) ont choisi à 92% le perdant. Autre chiffre tout aussi significatif : parmi les 75 votants (sur 219) des territoires occupés, 82% ont voté Hollande.
Quoi qu’il en soit -à l’inverse d’il y a quelques jours-, le CRIF est positivement ravi : il a adressé au vainqueur « ses plus respectueuses et chaleureuses félicitations ». Précisant qu’il connaissait « de longue date son horreur de l’antisémitisme et des racismes ».
Bien la peine d’avoir insulté l’avenir pour courir ensuite au chevet de la victoire… Mais surtout quelle vision réductrice ! Ainsi, les Juifs de France devraient se sentir rassurés parce que certains d’entre eux vont sans doute accéder à des fonctions ministérielles ?
Et, de leur côté, les « Arabes » se sentiront-ils mieux si, par exemple, une des porte-paroles de Hollande, Najat Vallaud-Belkacem, d’origine marocaine, en fait autant ? Et la fierté homosexuelle s’accroitra si Bertrand Delanoé entre au gouvernement ?
Plaignons nos frères bouddhistes qui ne semblent avoir aucun défenseur dans les futures hautes sphères (à moins d’autres coming-out…). Quelle façon de considérer les gens. D’autant que des ministres juifs, il y en a toujours eu.
Comme si tous ces hommes et femmes -de même que leurs prédécesseurs- n’étaient pas d’abord au service de la France, chacun selon leurs idées. Quitte, bien évidemment, à avoir aussi leurs sympathies, leurs ambitions, etc.
C’est dire si les tenants de ce communautarisme se préparent à bien de nouvelles déceptions. Par rapport à Israël, avec sa personnalité propre, le président Hollande raisonnera et agira comme le président Sarkozy.
Ami, comme son prédécesseur, de l’Etat juif, il maintiendra les principes de base de la politique de la France : soutien à Israël, rejet de la colonisation, soutien à la création d’en Etat palestinien.
Les ultras, ici ou là-bas, auraient donc tort de se bercer d’illusions : n’y aurait-il, par hypothèse, que « des nôtres » à la tête de la France, ils n’en conserveraient pas moins cette attitude raisonnable et équilibrée. Pour, en définitive, le plus grand bien des Juifs et d’Israël lui-même.
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