Arié Mandelbaum au Musée juif de Belgique

« Le temps d’aimer est aussi le temps de l’histoire ». C’est sous ce titre emblémati-que que le peintre bruxellois Arié Mandelbaum expose au Musée Juif de Belgique ses travaux de la dernière décennie. A voir jusqu’au 27 mai 2012.

Des œuvres de grand format et dont les sujets figuratifs exécutés à la tempera sur papier confrontent le visiteur ébloui à l’univers fascinant du peintre. La blancheur immatérielle du tableau devient le lieu d’apparitions de scènes tirées de l’histoire biblique, de l’univers intime du peintre ou de moments tragiques de l’histoire contemporaine, des paysages urbains, des portraits. Chaque peinture est le fragment d’un récit que le peintre se raconte. L’artiste ne veut pas affliger ni culpabiliser les spectateurs de ses tableaux, mais est témoin de son temps dont il transpose les éléments visuels, afin de les intégrer à sa vision du monde.

Publiée à l’occasion de cette exposition rétrospective, une très belle monographie de Michel Pourtois, professeur honoraire à l’ULB, permet de mieux comprendre la place qu’occupent les œuvres présentées au Musée juif de Belgique (MJB) dans l’ensemble de l’univers pictural d’Arié Mandelbaum, depuis ses premières toiles de facture expressionniste lorsqu’il avait 18 ans.

Passionné d’art du Quattrocento et de peinture classique, hanté par les grandes tribulations de l’histoire, Arié Mandelbaum est né à la veille de la Seconde Guerre mondiale dans le quartier du Midi, de parents juifs polonais. A 16 ans, il emménage rue de la Montagne, à l’Hôtel du Grand Miroir où logeait Baudelaire, et se lance dans la vie d’artiste. Il étudie la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles et réalise sa première exposition personnelle en 1960. En 1966, il devient professeur à l’Ecole d’Art d’Uccle, dont il sera le directeur de 1979 à 2004. Aujourd’hui, Arié vit et travaille entre Bruxelles, New York et Fontenoille, petit village ardennais proche de Florenville et de la frontière française.

Mémoire de la Shoah

Dès ses débuts, Arié Mandelbaum s’affirme à contre-courant des modes artistiques et des caprices du marché de l’Art. L’Annonciation(1959) lui est inspirée par l’œuvre du peintre siennois Simone Martini qu’il actualise pour en faire un épisode de sa propre destinée. Alors que la mode est à l’abstraction, il se veut fidèle à la représentation de la figure humaine et à un art fondé sur les principes de la perspective centrale inventée par les artistes florentins du Quattrocento. Mais cet artiste qui admire les vieux maîtres dont il s’inspire pour créer son univers pictural très personnel peint aussi des sujets politiques qui témoignent de son engagement social : l’arrestation de Patrice Lumumba, la guerre du Vietnam…

Toute l’œuvre affirme sa prédilection pour les arbres, mais exprime aussi avec récurrence la présence du mal dans le monde. C’est le Baptême des néophytes peint par Masaccio à la Chapelle des Brancacci (Florence) dont il renverse l’assurance chrétienne de la béatitude, pour en faire une vision des corps souffrants de déportés à l’arrivée d’un convoi à Birkenau. Arié se dit hanté par les figures d’Adam et Eve, chassés du Paradis, peints par Masaccio et qui lui inspirent, entre autres, La exclusión amorosa (2004), suite de sept panneaux associés à la mémoire de la Shoah et aux chambres à gaz d’Auschwitz. « Ariéa consacré nombre d’œuvres à des moments tragiques de l’histoire contemporaine. A-t-il donc fait de la peinture d’Histoire ? », s’interroge Michel Pourtois dans sa monographie. Pas vraiment, précise l’auteur : il s’agit plutôt de mémoire figurée. Le peintre ne veut pas nous faire la morale ni nous donner de leçons d’histoire édifiante.

Michel Pourtois, Mandelbaum, Musée Juif de Belgique, 2012

Exposition   Arié Mandelbaum  

Le temps d’aimer est aussi le temps
de l’histoire – Work of One Decade

Jusqu’au 27 mai 2012 au Musée Juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles.

Tous les jours (sauf lundi) 10h-17h

Tél. 02/512.19.63 ou www.new.mjb-jmb.org

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