Dans le coma depuis tout juste huit ans, Ariel Sharon est mort ce matin, ont confirmé toutes les télévisions israéliennes. Le 11e Premier ministre israélien a participé à presque toutes les guerres d’Israël et en a tiré un grand prestige avant de devenir l’un des responsables politiques les plus contestés de son pays. Retour sur ce qu’il faut en retenir.
Pour la plupart des Israéliens, Ariel Sharon -« Arik » pour ses amis- incarne les années glorieuses de leur pays. Combattant de toutes les guerres de l’Etat hébreu, il doit son prestige à celle de Kippour (octobre 1973). A cette « houtzpa » qui l’alors poussé à contrevenir aux ordres de l’Etat-major pour déclencher une offensive éclair et rétablir la situation de Tsahal dans le désert du Sinaï.
Elu député du Likoud en 1974, Sharon devient ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Menachem Begin. Auréolé de son prestige de « héros de la guerre de Kippour » et soutenu par le « Yecha », le lobby des colons, il soutient à fond le développement des implantations. Mais il manœuvre également pour devenir ministre de la Défense -le portefeuille le poste le plus influent du gouvernement- et Begin cède.
Sharon n’a qu’une idée en tête : « éradiquer le terrorisme ». Il convainc Begin de lancer une offensive au Liban où étaient installés Yasser Arafat les bases de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Déclenchée le 6 juin 1982, l’opération « Paix en Galilée » entraîne l’armée israélienne jusqu’à Beyrouth et force Arafat à s’exiler à Tunis sous la protection de puissances occidentales. Mais c’est également durant cette offensive que les Phalanges chrétiennes envahissent les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatillah pour y massacrer la population. Bilan ? De 700 à 2500 morts selon les différentes estimations.
La tuerie choque l’opinion internationale. En Israël, 400.000 personnes défilent contre « le tueur Sharon ». Dans un rapport publié en 1983, une commission d’enquête officielle conclut certes qu’il n’a pas ordonné le massacre mais elle estime qu’il ne le pas empêché non plus. Et qu’il ne devra plus jamais exercer la fonction de responsable de la Défense.
Un coup dur pour Sharon, qui ne renonce cependant pas à ses ambitions politiques. Au ministère du Logement, il lance un plan visant à « installer un million de Juifs en Judée-Samarie (la Cisjordanie) et dans la bande de Gaza». Dans l’opposition à partir de 1993, il s’oppose aux accords de paix d’Oslo conclus par le travailliste Itzhak Rabin.
Lorsque le Likoud remporte les élections de 1996 et que le jeune diplomate Binyamin Netanyahou devient Premier ministre pour la première fois, Sharon prend cette fois la tête du ministère des Infrastructures nationales puis des Affaires étrangères. Sans y laisser de bons souvenirs.
En 1999, les travaillistes reviennent au pouvoir sous la direction d’Ehoud Barak, Netanyahou quitte temporairement la vie politique. Une opportunité pour Sharon, qui vise la présidence du Likoud. Et la décroche.
En octobre 2000, malgré les avertissements lancés par les services de sécurité israéliens, il conforte sa position de leader du camp nationaliste en visitant l’esplanade des mosquées à Jérusalem. Les Palestiniens protestent violemment et incidents dégénèrent en tuerie qui déclenche à son tour la deuxième intifada.
Du pain béni pour Sharon qui remporte les élections législatives de 2001 et le portefeuille de Premier ministre par la même occasion. Confronté à la vague d’attentats suicides qui endeuille son pays, il constitue un gouvernement d’union nationale chargé de « réprimer le terrorisme ». Ce qu’il fait sans état d’âme.
Mais les Etats-Unis exigent du changement. En 2004, sous la pression de Washington, il annonce de démantèlement des colonies de Gaza (6500 personnes), une volte-face que ses fidèles -d’abord incrédules- considèrent ensuite comme une « trahison ».
Le retrait se déroule durant l’été 2005. Sharon est tellement contesté par les instances de son propre parti qu’il n’arrive même plus à y prendre la parole. Il démissionne du Likoud le 21 novembre et crée « Kadima », une formation de droite modérée dans laquelle le rejoignent quelques figures du Likoud et du Parti travailliste. Alors au sommet de sa gloire, il n’imaginait pas que sa carrière s’interromprait quelques semaines plus tard.
Le 18 décembre 2005, il est victime d’une première attaque cérébrale. Le 4 janvier 2006, une deuxième attaque va le plonger dans un coma qui durera huit ans. Huit années pendant lesquelles ses fils décideront de le maintenir en vie sous assistance médicale.
Son état s’était brusquement déterioré début janvier à la suite d’une intervention chirurgicale et de graves problèmes rénaux. Ariel Sharon est mort ce 11 janvier 2014 à l’âge de 85 ans.
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