Le Consul de Bordeaux retrace l’histoire méconnue d’un homme dont le courage sauva la vie à 30.000 personnes, parmi lesquelles 10.000 Juifs. Consul du Portugal en poste à Bordeaux en 1940, Aristides de Sousa Mendes délivra à tous des visas, ce qui lui valut d’être révoqué par le général Salazar. Il a depuis été reconnu comme Juste parmi les Nations.
C’est à deux réalisateurs, l’un portugais, l’autre Belge d’origine portugaise, que l’on doit le film Le Consul de Bordeaux. Francisco Manso et Joao Correa étaient tous deux présents lors de sa présentation en avant-première belge le 26 janvier 2012 au Cinéscope de Louvain-La-Neuve. Une soirée qui rassemblait également deux des petits-fils d’Aristides de Sousa Mendes, ainsi qu’André Flahaut, président de la Chambre.
Une vie exemplaire
Rien dans les jeunes années d’Aristides de Sousa Mendes ne laissait présager le courage et l’abnégation dont il fera preuve à la fin de sa vie. Né en 1885, dans un petit village du district de Viseu, il est issu d’une famille de notables de l’aristocratie catholique, et a grandi dans un contexte monarchiste et conservateur. Diplômé de droit la même année que son frère jumeau César, tous deux entament une carrière diplomatique. César devient ministre de la Justice dans le gouvernement Salazar, tandis qu’Aristides occupe plusieurs délégations consulaires dans le monde. Après presque dix ans en Belgique, il est nommé consul à Bordeaux par le général Salazar, alors président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du Portugal.
Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Salazar maintient la neutralité du Portugal, bien que ses opinions personnelles soient assez favorables à Hitler. A Bordeaux affluent des dizaines de milliers de réfugiés cherchant à fuir l’avancée nazie. Tous souhaitent obtenir un laissez-passer vers le Portugal ou les Etats-Unis. Dès la fin de l’année 1939, Aristides de Sousa Mendes désobéit à une circulaire interdisant l’octroi de visas aux étrangers dont la nationalité est indéfinie, aux apatrides et aux Juifs expulsés de leur pays. Parmi les quelques personnes qu’il aide à obtenir des papiers, le rabbin anversois Jacob Kruger lui fait comprendre que ce n’est pas suffisant.
Le 16 juin 1940, le consul décide de délivrer des visas à tous les réfugiés qui en font la demande, sans distinction « de nationalité, de race, de religion ». Aidé de ses enfants et neveux, ainsi que du rabbin Kruger, il tamponne les passeports à tour de bras, signe des visas sur formulaires, puis sur feuilles blanches ou tout morceau de papier disponible. Ignorant les avertissements de Lisbonne, il aurait déclaré préférer désobéir à des hommes plutôt qu’à Dieu. Le 23 juin, Salazar le démet de ses fonctions. De plus en plus isolé, Aristides de Sousa Mendes usera malgré tout de sa marge de manœuvre de grand commis de l’Etat jusqu’à la dernière minute. En neuf jours, il sauvera ainsi environ 30.000 personnes, dont 10.000 Juifs.
Le dénuement avant la réhabilitation
Une bravoure que le consul paya cher. De retour au Portugal, il est mis à la retraite et tous ses biens sont confisqués. L’ancien consul et sa famille survivent seulement grâce à la solidarité de la communauté juive de Lisbonne. Il meurt dans la misère, le 3 avril 1954, à l’hôpital des pères franciscains de Lisbonne et est enterré dans une robe de bure, faute de vêtements propres.
Ce n’est qu’au début des années 1960 qu’un courant se crée pour restaurer la mémoire de cet homme courageux qui fit preuve d’une telle humanité. En 1966, Yad Vashem le nomme Juste parmi les Nations. Il faudra attendre 1988 pour que l’Assemblée de la République du Portugal le réhabilite, à titre posthume, dans son titre d’ambassadeur. En 1992, RTP et France 3 produisent un documentaire, et en 1994, un monument à sa mémoire est érigé à Bordeaux. Le film Le Consul de Bordeaux poursuit ce travail. Le 16 juin 2011 se tenait l’avant-première européenne à Wolubilis, en présence du président de la Commission européenne. Après sa tournée en France, le film devrait être projeté à Bruxelles lors du prochain Gala de Radio Judaïca.
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